Monday, May 31, 2010

UN DÉBAT POLITIQUE AFFLIGEANT!





Ce Dimanche, le CNC organisait un débat entre les principaux candidats à la législative anticipée dans la commune de Ntoum. Devant le petit écran, étaient le candidat Julien Nkoghe-Bekale et le représentant de Casimir Oye-Mba, Gérard Ella-Nguema. Il y avait quelque chose de malsain dans la manière dont ce débat politique a été mené. Le pauvre Gérard Ella-Nguema s’est retrouvé dans l’inconfortable situation de devoir informer l’assistance, y compris les journalistes qui posaient les questions, du rôle d’un député. On avait malheureusement l’impression qu’à part le pouvoir, rien ne semble intéresser les journalistes. Il est regrettable de constater que la plupart des journalistes sur le plateau, posaient des questions qui indiquaient que le député soit une espèce de père noël qui distribue des cadeaux aux gens à longueur de mandat. Heureusement que le Gérard Ella-Nguema a fait de son mieux pour essayer d’être pédagogue sur ce point, mais dans l’ensemble, le débat s’est fait en rase-motte et le représentant d’Oye-Mba s’est retrouvé souvent acculé par les journalistes et le candidat PDG qui estimaient qu’Oye-Mba avait fait son temps, qu’il fallait céder la main etc. Bizarre, ces gens ne disent jamais que les Bongo ont fait leur temps et qu’ils doivent passer la main. Mais les pauvres, ils ne peuvent faire autrement, leurs emplois en dépendent.

1. Des journalistes qui ignorent tout du rôle de député
Pour avoir un débat politique de fond, où les grandes thématiques de société sont soulevées, et où les grands projets porteurs peuvent être esquissés, il faut avoir une classe de journalistes capables de s'élever du cloaque du terre-à-terre et éviter un enlisement généralisé dans des polémiques de personnalités qui n’ont rien à voir avec les raisons d’une candidature à la députation. Un débat pré-électoral se prépare et devrait avoir pour but d’encourager un échange ouvert et respectueux, entre les candidats, de façon à informer les électeurs. Mais quand on a des journalistes qui ponctuent leurs questions aux candidats par des « c’est ça aussi l’émergence !», on se demande dans quel cirque on se trouve. Le manque de questions pertinentes était certainement dû à la méconnaissance du rôle de l’élu et de sa mission par certains de nos journalistes. En effet quand Gérard Ella-Nguema leur a rappelé que le rôle du député était essentiellement d’être le représentant du peuple au sein d’un organe qui énonce, examine et éventuellement entérine des projets de loi, les journalistes n’ont pas été très intéressés. De plus, lorsque Julien Nkoghe-Bekale a reproché à Oye-Mba d’avoir un gros égo, personne ne lui a rappelé que ça n’avait aucune pertinence à la candidature pour la commune de Ntoum. De même Oye-Mba s’est vu accusé de n’avoir pas soutenu Ali Bongo ; et Gérard Ella-Nguema de justement expliquer que tout citoyen gabonais restait libre de ne pas cautionner ce qui lui semblait incautionnable, injuste et dangereux pour le pays. Et de renvoyer la question aux journalistes « pourquoi Oye-Mba en citoyen gabonais devrait-il s’interdire l’ambition d’être chef de l’état »? Sa question est restée sans réponse.





2. Un débat à l’image de la politique du Gabon
Ce débat télévisé nous a permis de comprendre pourquoi l’assemblée nationale gabonaise fonctionne au ralenti. Quand des journalistes demandent aux députés de l’opposition de réaliser des projets que seuls les gouvernements peuvent effectuer, au Gabon, comme des routes ou des hôpitaux, on comprend mieux pourquoi les débats à l’assemblée se passent dans un climat de morosité criante, car même les journalistes n’y prêtent pas attention. Il faut un intense programme pédagogique pour éduquer tout le monde du rôle de député. A suivre ce débat, on comprend mieux pourquoi la majorité des gabonais pensent qu’un député ne se présente à l’assemblée que pour justifier son salaire assez juteux. En effet, comment peut on avoir une émission débat dont aucune question d’actualité n’est posée ? Aucun journaliste n’a demandé aux candidats d’expliquer leurs orientations politiques, c'est-à-dire la philosophie politique de l’un et de l’autre. Ils se sont contentés de dire : « mais Oye-Mba a aidé un tel et n’a pas aidé un tel ». Et Julien Nkoghe-Bekale et son « avenir en confiance » fourre-tout était un bien pale candidat de « l’émergence ». Dans une commune où il y a 2 scieries, aucune question spécifique à la mesure d’interdiction de l’exportation des grumes ne fut posée. C’est Gérard Ella-Nguema qui y a fait référence de manière fortuite. Aucune question relative à l’ébullition sur le front social, avec des grèves qui risquent de paralyser les secteurs de l’éducation et de la santé. Pas de questions sur la réalité quotidienne du citoyen de Ntoum, mais des interrogations sur le fait qu’Oye-Mba n’a pas fait goudronner la route de son village à Nzamaligue.





Il faut espérer que les prochains débats soient mieux préparés par les journalistes et surtout que la pertinence des questions soit étudiée. Un parlement à un rôle important à jouer dans un pays et les députés ne sont pas là seulement pour meubler le vide. Ces débats télévisés sont l’occasion d’expliquer aux gabonais les fonctionnements et raisons d’existence des parlements. En faire une affaire de questions terre-à-terre est très dommage car c’est tout le monde qui est perdant. Oye-Mba savait peut être que le débat ne serait pas de qualité d’où sa représentation ; et il aurait eu raison.

Sunday, May 30, 2010

« L’ALTERNANCE C’EST POUR 2011 » ENTEND-ON. VRAIMENT ? PAR QUEL MIRACLE ?




La rythmique électorale est de retour. Après quelques mois d’hibernation, les forts en thèmes nous ressortent leurs stratégies de victoire et nous promettent, aussi sûr que le soleil se lèvera demain matin, que l’alternance est là, il n’y a que se baisser pour la ramasser. Seulement, les talents d'orateur et de rhétoricien ne sauraient à eux seuls déverrouiller le pays et nous amener à l’alternance. Une analyse froide de la situation du pays devrait conduire l’Unioniste ou L’Upegiste le plus convaincu à la réalisation que cette alternance dont parlent les leaders de ces partis, risque d’être un gros canular. Dans l’état actuel des choses, force est de constater que c’est Ali Bongo qui est le maitre du jeu. Si nous voulons l’alternance, il va falloir aller la chercher ; il faut l’imposer. Dans les présentes conditions, l’exercice électoral ne débouchera pas sur cette alternance.




1. La cohabitation en 2011 ?
C’est Mba-Obame qui dans son allocution de Nkembo, cette semaine, disait, promettait que la partielle de 2010 n’était qu’un prélude à la cohabitation et l’alternance de 2011. On ne va pas être très académique, mais force est de constater que cette affirmation pourrait être vraie sur le terrain, si on tenait compte des intentions de vote des gabonais. Toute personne qui observe la vie politique au Gabon saura que le PDG est au plus bas de sa popularité et que les caravanes médicales à Ntoum ou à Mulundu, les remise de quelques ordinateurs dans les écoles ici et là ne fera pas bouger ces intentions de vote. Mais au Gabon tout le monde sait que les élections ne sont pas décidées par les électeurs. Les élections sont décidées par le pouvoir en place qui s’auto perpétue, malgré de nombreux cartons rouges électoraux depuis 1993. Mais dans un système où l’idolâtrie servile vis-à-vis du maitre infaillible est de rigueur, comment ceux qui comptent obtenir la cohabitation en 2011, feront valider les vrais chiffres électoraux à la CENAP, dont un des piliers est le cousin direct d’Ali Bongo ? Comment feront-ils pour que Mborantsuo marche vers l’alternance, elle dont les enfants sont frères et sœurs d’Ali Bongo ? Contrairement aux pays démocratiques bien structurés, on devrait rappeler à nos enthousiastes de l’alternance que le Gabon reste une république bananière et que le chef de la plantation c’est Ali Bongo. Par conséquent, toutes les institutions de la plantation ne dépendent pas d’une autre autorité que la sienne. Comment peut-on dans de telles circonstances, oser penser qu’on aura la cohabitation en 2011 ? Pour avoir la cohabitation, il faut gagner des élections et faire en sorte que l’opposition ait plus de 60 députés à l’assemblée et plus de 40 sénateurs. Vous voyez le PDG de Boukoubi, Ali Bongo, Ngari, Mborantsuo, Nzouba-Ndama, et de Rose Rogombe, laisser à l’opposition plus de la moitié des sièges dans les chambres du parlement ? Faut pas rêver ! Il ne faut pas entretenir ce genre d’illusions car la déception mettra le peuple un peu plus à genoux. Il faut être réaliste et parler aux gabonais avec franchise. Nier tout jusqu’à l’évidence d’une obturation du pays par le pouvoir Bongo, et proposer une élection sans garde-fous, démontrent le manque de sérieux de l’opposition.

2. Que propose ce blog ?
Ce blog continue de s’indigner de ces « intellectuels » gabonais particulièrement complaisants envers le bongoïsme, qui regardent d’un œil plutôt tendre un pouvoir qui met le pays littéralement en coupe réglée. Pourtant, des gens comme Idiata, pour ne citer que lui, devraient savoir reconnaitre un régime liberticide, oppressif, et totalitaire. Mais bon… Devant la démission des leaders d’opinion, des universitaires, du clergé, etc., si certains veulent efficacement combattre le pouvoir Bongo, ce blog suggère ce qui lui semble être la seule marche à suivre. Si l’opposition incarnée aujourd’hui par l’UN et les autres partis comme l’UPG, estime que l’alternance doit passer par les urnes, il faut aussi qu’elle soit capable de nous dire ce qu’elle ferait si la voie des urnes leur était à nouveau arbitrairement bloquée. On ne peut pas penser que la voie de la libération passe par le billet de vote, et n’avoir pas de solution quand le résultat de ce billet de vote vous est interdit. Pour ce blog, vu l’impasse institutionnelle que connait le Gabon, par le noyautage bongoïste de toute les institutions du pays, l’alternance par la cohabitation apparait comme une triste farce, car Ali Bongo et famille agissent de plus en plus comme des propriétaires du Gabon et de moins en moins comme des simples citoyens. Par conséquent le marché qu’il va falloir leur proposer est le suivant :
« Soit ils laissent le peuple gabonais décider de sa destinée, soit nous perdons tous ce pays ».
Les Bongo doivent comprendre que le Gabon ne vaut pas la peine d’exister s’il doit l’être en tant que propriété d’une famille.

Ce blog veut mettre les Bongo devant leurs responsabilités historiques. Ils ne peuvent plus tenir en otage tout un pays et il faut qu’ils sachent que : soit la vérité des urnes sera respectée, soit le pays court de gros risques de glisser vers le cataclysme. Voici le seul discours sérieux qu’une opposition qui veut l’alternance devrait tenir. Associé à ce discours, les oppositions sérieuses devraient s’équiper en conséquence, car le pire est de formuler une alternative sans être préparé à l’assumer. Tous les autres discours d’échappatoire électorale qui enfanterait par miracle d’une cohabitation, ne sont que propagande pour enfant. Les gens sérieux doivent désormais se dire des vérités en se regardant droit dans les yeux et si L’UN ou l’UPG ne veulent pas jouer ce rôle, c’est qu’ils ne veulent pas de la libération des gabonais. Ali Bongo a toutes les cartes en mains ; l’économie du pays, la politique du pays, le judiciaire du pays et le militaire du pays. Avec tous ces atouts, pourquoi céderait-il le pouvoir à une cohabitation, quand il peut simplement demander à Mborantsuo « de faire comme d’habitude » ? Il est temps aux uns et aux autres de prendre leurs responsabilités.

Friday, May 28, 2010

QUI VA STOPPER LES BÊTISES DU BONGOÏSME?





Qui va arrêter le mode de gouvernance des Bongo, dans sa course folle à la destruction à petit feu de tout un pays et des ses composantes? Comment supporter les révélations parues dans la presse (étrangère) et sur des organes nationaux tenus par des intrépides, annonçant qu’Ali Bongo venait de faire acheter à l'état gabonais, une propriété à son usage située en France, pour un montant de plus de 60 milliards de francs cfa. On aurait encore compris, si le Gabon possédait un minimum d'infrastructures immobilières pour ses populations. On aurait encore accepté si la couverture sanitaire au Gabon ne se résumait plus qu'à la flottille humanitaire que déploient ONG et fondations de temps en temps. On tolérerait encore, si le lâche silence des média gabonais n'indiquait pas une complicité tacite du régime et ses média pour dire une chose (transparence financière et fiscale, austérité de toutes dépenses) et faire exactement son contraire (dispendieuses dépenses inutiles). A chaque fois qu'un "émergent" demande de les "laisser avancer", on comprend mieux qu'ils veuillent nous mener au bord du gouffre avant de nous faire faire un grand pas en avant.



1. L'achat immobilier de la honte
Quand on a un déficit de 160000 logements dans son pays, quand la majorité de la population, soit près de 80% vit dans des bidonvilles, quand on raconte aux gens que "l'heure est désormais à l'émergence", quand on a un réseau routier inexistant, un système de santé sinistré et éducatif à plusieurs vitesses; le moins qu'on puisse faire serait d'éviter d'avoir comme priorité numéro 1, l'achat d'un palace parisien aux frais du contribuable. Ce blog est certain que les citoyens gabonais ne trouvent aucun justificatif pour l'achat de cette propriété. Aucun motif ne saurait légitimer une telle dépense futile, qui est le symbole même de la vie de jouissance qu'a toujours menée Ali Bongo. Normal, les Gabonais souffrent, et aimeraient voir leur argent utilisé à de meilleures fins. Les gabonais se savent pauvres et en grandes difficultés; il est alors très affligeant de constater que 60 milliards de francs CFA qui auraient pu servir à alléger un peu leur fardeau, ont été utilisés pour satisfaire les caprices d'enfant gâté d'Ali Bongo. Le premier impératif d'un pouvoir est normalement de trouver satisfaction aux exigences des citoyens. Dans notre situation au Gabon, le citoyen moyen, dépourvu de ressources, aurait raison d'être particulièrement alarmé de savoir que son chef d'état trouve normal de s'offrir un palace tout à fait inutile à Paris, au moment où le pays manque de tout. Ahurissant!

2. La perte des repères, sinon de la raison
Les décisions d'Ali Bongo dénotent d'un manque d'humilité et de lucidité. Il semble être engagé dans une fuite en avant d'arriviste rendu fou par l'ivresse du pouvoir. Les décisions d'Ali Bongo mènent malheureusement à la conclusion que pour cette famille, le pouvoir reste une affaire personnelle à garder coûte que coûte et jalousement, par des usages peu orthodoxes. Dans l'ordre normal des choses, si c'est de l'émergence du Gabon dont ce régime fait référence, 60 milliards de francs cfa du trésor public n'auraient jamais dû être décaissés pour une connerie pareille. Dans un pays normal, les conseillers lui auraient exprimés sa folie, les ministres s'y seraient opposés, le parlement serait monté au créneau. Mais pas au Gabon, où les décisions du pays et celles de la famille Bongo sont du pareil au même. Au Gabon, il n'y a pas de partage des pouvoirs; les Bongo sont l'alpha et l'oméga de la gouvernance au Gabon. Ils veulent un château à Paris? Ils auront un château à Paris! Même si le reste des gabonais crèvent de faim dans les rues. Tout se passe comme si le pays était leur truc, leur chose, leur machin. Ils en disposent comme ils veulent. Compris comme ça, nous saisissons mieux pourquoi laisser le pouvoir à d'autres est une idée atroce et insupportable pour eux. Mais quelles que soient les courbettes qui leur sont faites par certains, le gabonais n’est pas dupe. Il sait qu'Ali Bongo ne veut pas d'un état régit sur la base du droit, ni d'un état particulièrement démocratique, car il sait que ces caractéristiques seraient en conflit avec son ambition de conserver le plus longtemps possible, jusqu'à la mort comme papa.

Parce que les risques sur l'évolution du pays sont trop grands, notre résistance ne faiblira pas. Et plus nous serons nombreux à exprimer notre point de vue, plus les choses auront de chance de changer. Petit à petit, quelque chose dans l'esprit et la mémoire des gabonais se transforme. Nous ne sommes plus dans l’oubli douloureux de nos souffrances. Nous ne sommes plus dans le silence de l’embarras et de la honte devant l'oppression et les injustices. Nous ne sommes pas non plus, dans la revanche et dans la haine. Nous ne sommes pas dans la sacralisation idéologique. Nous sommes simplement, logiquement, et très sereinement, dans la reconquête apaisée de nous-mêmes et de nos droits et de notre destinée collective. Alors une question se pose: elle est de savoir ce que nous devons mettre en œuvre pour faire face aux défis du perpétuel pouvoir Bongo?

LE SITE DU STADE D’AGONDJE Á 12 MOIS, JOUR POUR JOUR, DE LA DATE DE LIVRAISON Á LA CAF (IMAGES DU 27 Mai (pas Juin, erratum) 2010)




Les règles de livraisons des installations sportives avant une compétition, sont claires. Les stades doivent être prêts et testés 6 mois avant la compétition. En théorie, on ne voit pas comment en 12 mois, les chinois pourraient changer ce terrain vague en un stade moderne et fonctionnel, avec les parkings, les voies d'accès, l’équipement électronique, et la connectivité exigée par les communications modernes. Mission impossible. Nous sommes en Juin 2010. Il a fallu aux Chinois plusieurs années pour construire le sénat et la RTG, qui étaient des structures très simplistes. Un stade est bien plus complexe. Réaliser ce pari en 12 mois est un rêve qui deviendra vite cauchemardesque pour les émergents. Nous vous signalons que c’est en Juin 2010 que la CAF aurait du revenir pour voir les installations. Si la visite de juin avait été respectée, voici ce que les inspecteurs de la CAF auraient trouvé. Pensez vous que ces images soient glorieuses pour le Gabon ? Pensez vous qu’en 2 mois, en Aout, quand la CAF reviendra elle trouvera l’état des travaux avancé de façon satisfaisante ?






Pendant que les travaux d’infrastructures piétinent, que les gabonais souffrent, Ali Bongo s’offre une luxueuse propriété à Paris.
Coût ? 100 millions d’euros ou plus de 60 milliards de francs CFA. L’avenir en confiance. L’émergence dans ses œuvres. Que les émergents viennent nous dire ce qui justifie cette dépense. Cette acquisition, elle appartient à quel « pilier » de son projet de société ? Le Gabon vert, le Gabon des services, ou le Gabon industriel ? Ces 60 milliards de francs CFA auraient pu servir à construire 4000 maisons aux gabonais, pour le montant de 15 millions l’unité. Au lieu d’avoir 4000 maisons pour des familles gabonaises au prix de 60 milliards de francs CFA, nous aurons la même somme dépensée pour satisfaire les caprices luxueux d’une seule personne. Et oui, il faut les laisser avancer. J’espère que les mapanais du comité de « l’émergence » du quartier Kinguélé seront invités à aller passer des nuits dans la nouvelle propriété parisienne d’Ali Bongo, achetée avec les fonds publics gabonais. C’est révoltant ! Dans un pays où le moindre projet doit être financé par des prêts et des dons étrangers, où les soins ne sont plus administrés que par des caravanes médicales « politisées » ; celui qui sert de président achète des propriétés de 60 milliards. Le Gabon a de sérieux problèmes à résoudre, mais ces gens pensent d’abord à eux, qui pourtant, ont déjà tout matériellement. Ali Bongo aurait pu réquisitionner une des 30 propriétés que son père a laissé en France. Mais non, boulimique comme ils sont, ils nous sucerons jusqu'à la dernière goutte. Il faut transférer la richesse du pays du trésor national à celui de particulier comme Ali Bongo. C’est ça même l’essence du bongoïsme.









Adieu l’Artiste d’hier à aujourd’hui et pour l'éternité


Thursday, May 27, 2010

L’AFFECTION NE S’ACHÈTE PAS ; LA SYMPATHIE, LE RESPECT ET LA SPONTANÉITÉ NON PLUS. LE PEUPLE GABONAIS SE DISTINGUE DANS SA SOLIDARITÉ




Le peuple gabonais démontre sa grande solidarité, par sa réaction spontanée de respect et sympathie envers P.C. Zeng et sa famille. La famille Zeng n’a pas eu besoin de faire un tapage médiatique, mais les gabonais de bonne volonté se sont spontanément mobilisés pour soutenir cette famille et l’accompagner dans son deuil. C’est de ce Gabon là que nous rêvons, et que certains nous empêchent d’avoir. Nous vous offrons des images de solidarité nationale.

1. Messe en France avant le départ du corps sur LBV



2. Foule immense s’étant rassemblée spontanément à l’aéroport de LBV pour accueillir le corps



3. Veillée mortuaire au gymnase du stade omnisport



4. Hommage du collectif des artistes gabonais
Akendengue, Mackjoss, Batchiellilys, Nziengui-Mouele et les autres chantant tous en Fang, c’est quand même inédit au Gabon. Un moment très, très fort de solidarité. Bravo les artistes.







5. Messe de Requiem à la cathédrale Sainte Marie






Wednesday, May 26, 2010

POURQUOI CETTE OBSTINATION IRRATIONNELLE POUR DES ELECTIONS DONT TOUT LE MONDE CONNAIT L’ISSUE ?




Comme ils ont l’air heureux, tout sourire aux lèvres, le verbe haut et la promesse presque sincère. Oui ils ont l’air heureux, avec leurs équipes de campagne et de nombreux amis et parents qui viennent témoigner de leur attachement et fidélité envers le « candidat » de l’ »émergence », de la « modération », de la « sagesse » etc. Pourtant, tout le monde sait que la campagne électorale n’est qu’une immense mise en scène, mais on fait quand même semblant jusqu’au bout, les ordres étant les ordres, il faut faire campagne jusqu’au bout, même si les chiffres sont déjà bien mijotés dans un tiroir «émergent ». Le peuple gabonais lui, est en train de passer visiblement, sans trop savoir pourquoi et sans trop se poser des questions, d’élections en élections, ce peuple gabonais ne se fait pas non plus d’illusion sur le fait qu’on lui annoncera au soir du vote pour qui il a voté ; et sans surprise aucune, ce peuple apprendra qu’il a voté MASSIVEMENT pour le PDG et sa majorité républicaine pour l’émergence.

1. Sur la RTG1, c’est le parti unique
Au journal de 20 heures de ce mardi, les téléspectateurs ont eu droit à 15 minutes de campagne PDG et pas une seule seconde de campagne de l’opposition. Il y a pourtant une loi sur l’équité d’accès aux chaines publiques. Mais bon qui s’en occupe ? A en croire la RTG1, le PDG a retrouvé tout son tonus. Le Gabon vivrait des moments exceptionnels ; l’ »émergence est à bout de bras, tout le monde discute d’ »émergence », des cercles de réflexion politique sur ce que peuvent faire les citoyens pour aider le « distingué camarade » se forment partout et spontanément. Mais ce qu’il y a de formidable dans la présentation du journalisme bongoïste, c’est que tout ceux qui veulent des « changements » conduisant à l »avenir en confiance », affirme que seul Ali Bongo peut mener à bien ce projet. On nous refait le coup de l’homme providentiel. Chers lecteurs, si vous n’aviez pas encore compris, au Gabon, nous sommes en plein remake de la propagande à la soviétique. Les photos ci après vous donnent une idée du folklore politique qui tient lieu de campagne électorale sous nos cieux.









2. Subitement, la RTG1 se souvient que Mba Abessole existe

Mba Abessole a repris du poil de la bête. Il ne lui manque que le béret guevariste pour clôturer le tableau. Il est désormais celui dont on parle le plus sur la RTG1. Il est le candidat « expérimenté », « incontournable », « qui a une connaissance profonde du terrain ». Il est évident que Mba Abessole bénéficie d’un support financier frais et fourni, lui qui lors de la dernière présidentielle peinait à fournir des gadgets au petit peuple, aujourd’hui, il y a T-shirts et gadgets à foison, les tentes sont de bonnes qualités, la sono aussi. Tout est en place pour justifier une éclatante victoire du candidat du « pragmatisme politique ». Ah les euphémismes. Mba Abessole, combien de morts, de torturés, de disparus ? Combien de souffrances ont enduré vos partisans, croyant que c’était le prix à payer pour une éventuelle libération ? Tout ça pour que vous alliez servir les intérêts dont ils voulaient se libérer.

Mais nous les têtus, continuerons avec acharnement de refuser des élections bidons. Nous refuserons d’être enfermés dans une politique sécuritaire qui ne favorise pas la démocratie, mais choréographie le rôle de chacun pour mieux contrôler le pays et mieux déterminer notre non-progrès.

Tuesday, May 25, 2010

L’ÉCONOMIE « VODOU » DE MABALA ET SES AMIS BONGOÏSTES




Les économistes Anglo-Saxon disent « économie vodou » (vodou economics), leurs compères français disent « économie du veau d’or », quand des théories abracadabrantes, ne reposant sur rien de concret, et condamnées à l’échec, sont proposées à des populations par les gouvernants. Ces théories, une fois appliquées, mènent irrémédiablement à des catastrophes financières à répétition qui souvent précipitent des pays ou des secteurs, vers l’apocalypse économique. Au Gabon, Martin Mabala, qui passait hier Dimanche à l’émission « La Grande Interview » sur la RTG1, pour parler de la décision de ne plus exporter les grumes, s’est livré à un classique exercice de « vodou économique ».

1. L’art de parler pour ne rien dire, Mabala répondait : « émergence » et « nous allons réfléchir », à chaque question.
Quand on a prit une décision qui va mettre au chômage des milliers de gabonais, il faut quand même être très gonflé pour venir dire à la télévision qu’ « on va cogiter » quand on vous demande comment vous allez aider les gabonais qui perdront leurs emplois. Le moment de « cogiter » c’était avant de prendre la mesure et non après. Mabala n’a donné aucune réponse, pas une maigre réplique, qui offrait aux téléspectateurs une idée concrète des dispositions prises par les autorités pour pallier à la ruine économique des compatriotes. Mabala et ses amis bongoïstes défendent cette idée stupide selon laquelle on peut détruire tout un secteur important de l’économie, réduire par la même occasion considérablement les revenus de l’état, supprimer des milliers d’emplois et donc augmenter largement le chômage, n’offrir que de vœux pieux aux gabonais qui auront perdu leur gagne pain ; Pour avoir au bout du compte, comme par magie, des industries du bois. Mais ils fument tous le tabac Congo ces gens ! Ce que cette politique forestière va produire, ne sera que désolation et misère des gabonais, car c’est tout de suite que les forestiers gabonais vont ressentir l’impact de cette mesure et non dans 5 ou 10 ans quand Mabala pense que les usines auront été construites. Mais Monsieur Mabala, quand vous répondez à un journaliste qui vous demande « comment allez vous aider les licenciés du bois » en disant : « on va cogiter !», c’est que vous vous moquez des gens. Vous allez cogiter à quoi ? Vous attendiez quoi ? C’est maintenant que les gens vont être mis à la rue. Pendant que vous cogitez, eux ils font comment ? Il est clair que le Gabon est dirigé par des gens n’ayant aucune stratégie économique qui tienne debout. Nous sommes dirigés par des ignorants qui sont bien trop arrogants pour admettre leur ignorance. Mabala n’a franchement aucune excuse pour être allé à une émission de télévision totalement dépourvu d’éléments concrets d’éclaircissement du peuple, sur une question aussi cruciale que le devenir de milliers de salariés du secteur bois. Pour preuve, à une question précise d’un journaliste lui demandant quelles étaient les mesures d’accompagnement prévues à cet effet, Mabala a simplement répondu : « je ne peux pas tout vous dire ! ». Aux autres questions, il se contentait de répondre : « ce qui est important pour nous, c’est de regarder l’avenir en confiance avec Ali Bongo » ; ou encore : « mais nous discutons avec tout le monde, nous avons l’assistance technique de la France ». Vraiment lamentable. Et c’est ce ramassis qui vous promet l’émergence !

2. Quand on gouverne un pays, on ne doit pas s’amuser avec la survie économique des citoyens
Les gabonais viennent une fois de plus d’avoir la preuve de l’incurie de certains de leurs dirigeants. La qualité du débat de Mabala sur sa politique économique fut épouvantable. Côté PDGiste, évidemment que les plumitifs ainsi que les partisans seront satisfaits de sa prestation. Mais le véritable indicateur de performance doit être le fait que Mabala, en tant que ministre de tutelle, ait été incapable de dire aux gabonais comment son département ministériel et le gouvernement auquel il appartient, comptaient procéder pour parer à l’inévitable fluctuation du marché du travail dans le secteur bois que va occasionner leur mesure. Le silence déplorable de Mabala en la matière, et les platitudes qu’il a servi aux téléspectateurs en lieu et place de remèdes spécifiques, démontrent du non sérieux de ce gouvernement et de ce pouvoir. Quand on prend une mesure comme celle là, on doit en mesurer les conséquences et se concentrer avec la précision d’un laser sur les effets pervers de cette mesure en matière d’emploi. Aussi, Mabala a vanté avec désinvolture les mérites cette mesure, en trouvant comme justificatif le fait que l’exploitation du bois se faisait depuis des décennies et que les sociétés forestières n’industrialisaient pas. Mais monsieur Mabala, vous pensez que votre mesure va conduire à l’industrialisation du secteur bois au Gabon ? On va voir ! Ce blog prédit un effondrement des emplois dans ce secteur, et aussi que l’impact sur l’industrialisation qu’on nous promet ne sera que très minimal. Si le gouvernement Ali Bongo était sérieux, à ce stade pour palier à toute éventualité, il serait censé sortir un plan de remédiassions très spécifique, comportant un schéma intelligent pour réparer le système qu’il aura détruit et remettre le monde du bois en ordre en désignant comment les différents acteurs seraient traités, recyclés, compensés etc. Jusqu'à présent, ce gouvernement ne soumet rien. On ne voit rien !

Les « émergents » s’illustrent un peu plus chaque jour, de manière exagérée dans un charlatanisme économique très caricatural. Ils tentent désespérément de minimiser les effets dévastateurs de leurs mesures stupides, qui d’après tous les observateurs et les nationaux qui seront les victimes de ces mesures, seront dévastatrices. Avec des gens comme Mabala, nous ne sommes pas près de sortir de l’auberge. Ils nous présentent des manigances économiques qui exagèrent la capacité des industries de transformation du bois au Gabon à créer des emplois qui seront aussi rémunérateurs que ceux perdus. Comme d’habitude, la presse « officielle » du Gabon est très complice. Hormis un petit nombre de bonnes feuilles dans la presse locale (aucun journal officiel), il est difficile d’apprendre quoi que ce soit d’intéressant ou de pertinent sur la question du bois au Gabon. C’est pour ça qu’un bonhomme comme Mabala peut se permettre de répondre : « on a l’avenir en confiance ! » à toutes les questions posées.

Sunday, May 23, 2010

HYPOCRISIE BONGOÏSTE : LA CANONISATION « ÉMERGENTE » DE JEAN MARC EKOH





Ils sont quand même amusant, les bongoïstes. Apres avoir persécuté et emprisonné quelqu’un pendant qu’il était jeune et valide, c’est quand il atteint 82 ans d’âge que subitement, les bongoïstes se rappellent que cet homme pourrait être un trésor national. Cet homme c’est Jean-Marc Ekoh, que les Gabonais ont put écouter ce Samedi lors du lancement de la caravane du cinquantenaire de l’indépendance du Gabon. Aujourd’hui les bongoïstes citent à qui mieux-mieux, la sagesse de Mr Ekoh. Oh que d’hypocrisie ; ils veulent récupérer à leur compte l’expérience historique de J.M. Ekoh. Où étaient-ils quand ce dernier subissait les sévices les plus cruels dans les prisons bongoïstes ?

Voici ce qu’Odile Tobner, la veuve de Mongo-Béti, couple ami de longue date de Jean-Marc Ekoh, écrivait en 1982, alors que Mr Ekoh avait été emprisonné par Bongo, dans la foulée des évènements de la gare routière : « Si Thieuloy était allé faire un tour au Gabon, il aurait pu constater que, certes, des Africains ne pensent qu'à singer les capitalistes blancs qui débarquent chez eux pour faire de bonnes affaires. Mais ceux, parmi les Africains, qui sont plus aptes à la pensée qu'à la singerie sont emprisonnés. Ainsi Jean-Marc Ekoh vit-il depuis plusieurs mois le calvaire d'une incarcération qui suscite les plus vives inquiétudes quant à sa survie. L'importante colonie française qui vit au Gabon et entretient les meilleurs rapports avec les tortionnaires de Jean-Marc Ekoh n'offre pas le meilleur exemple de la délicatesse morale procurée par la civilisation. Il est vrai que la civilisation a plus besoin de pétrole que de délicatesse morale. »

Ci-dessous est le texte qu’écrivit M.F. JANOT, publie dans « Peuples Noirs Peuples Africains no. 27 (1982) 29-33 ». Ce texte clouera le bec à tous les obséquieux et révisionnistes bongoïstes, qui veulent aujourd’hui faire croire qu’ils peuvent faire oublier les souffrances qu’a connues Jean-Marc Ekoh, aux mains de Bongo. Ce texte vous permettra aussi avec le recul, de constater que pas grand-chose a change au Gabon en ce qui concerne la répression et le contrôle bongoïste du pays.


DEMOCRATIE A LA GABONAISE

Dans des articles parus dans « Le Monde » en janvier et février 81, M. Philippe Decraene parlait du Gabon non seulement comme d'un îlot de prospérité, mais encore comme d'un îlot de démocratie. Cela parce que, dans ce pays qui vit sous le régime du P.D.G. (Parti Démocratique Gabonais, parti unique comme il se doit), dans ce pays où les informations radiodiffusées commencent et se terminent par une pensée extraite du petit livre vert du Président Bongo, et mise en musique – l'effet psychologique est encore bien plus efficace ainsi – dans ce pays qui pratique la censure, y compris contre le journal « Le Monde » et se permet d'expulser les journalistes étrangers quand bon lui semble, dans ce pays qui avait trouvé le « système D » contre les opposants ou les gêneurs (l'élimination physique, c'est propre, c'est simple, sans bavure : quelques cadavres inexpliqués retrouvés ici ou là, c'est un pur hasard; pas de quoi ameuter « Amnesty International », tout au plus quelques colonnes dans « Le Canard Enchaîné » et quelques allusions dans « Le Monde ») dans ce pays donc où règnent l'oppression et la répression, il y a un quotidien, « l'Union », où l'homme de la rue, sous le pseudonyme de Makaya, se permet [PAGE 30] un regard naïvement critique sur la société et les mœurs gabonaises.
Il y a! Non, il y avait! Car depuis mars 82, M. Samuel Nguema Mba, directeur de ce quotidien, a été arrêté, détenu, soumis à des « sévices » et des « brimades » comme dit pudiquement « Le Monde ». Il n'était pourtant pas bien méchant, Makaya, et se gardait bien prudemment de porter son regard sur les questions politiques et les hommes de l'entourage du Président Bongo. Non, il parlait des difficultés qu'il avait, par exemple, pour payer un achat avec un chèque, des heures perdues en attente vaine devant des bureaux vides, des difficultés à trouver un taxi pour rentrer chez lui, au quartier « Toulon », loin du centre ville, bref, des mille et une tracasseries que connaît le Gabonais peu fortuné au cours d'une journée ordinaire. Mais sans doute était-ce déjà plus que ce que la démocratie à la Bongo pouvait supporter.
François Ondo Edou, rédacteur en chef à la radio nationale gabonaise, et Jean Baptiste Asse Bekale, journaliste à la radio Africa no 1, se sont permis sans doute aussi quelques réflexions trop personnelles dans les quelques minutes qui leur étaient laissées entre les extraits du petit livre vert du Président et l'interminable lecture des communiqués personnels. Ils ont connu le même sort que le directeur de « l'Union ».
Mais depuis ces arrestations, M. Decraene s'est abstenu de parler du Gabon dans le journal « Le Monde ». Ces journalistes ne sont pas les seuls à connaître l'emprisonnement. Il faut croire que les opposants sont devenus plus nombreux et plus entreprenants, ces derniers temps, au Gabon. Deux cents cadavres, cela aurait été un peu dur à faire passer au niveau de l'opinion, tant intérieure qu'extérieure. Il a fallu avoir recours aux méthodes classiques; fermeture de l'Université pendant plus d'un mois, chasse aux meneurs, arrestations en série, sévices.
Il a fait un bon choix, le Président Bongo ! car qui en parle, de ces emprisonnés du Gabon ? Ni M. Cheysson, Ministre des Affaires Etrangères, ni M. J.P. Cot, Ministre de la Coopération, ni la télévision de M. Fillioud, ni la Presse (après quelques lignes dans « Le Monde » du 7.04.82, quelques autres dans « Le Canard Enchaîné », l'oubli total). Il est vrai que deux cents emprisonnés au Gabon, [PAGE 31] par rapport à deux mille ou quatre mille Polonais, il n'y a pas là de quoi faire un drame. Seulement, au Gabon, il n'y a que sept cent à huit cent mille habitants; en Pologne, il y en a trente cinq millions; alors, si Makaya pouvait encore parler, peut-être trouverait-il que la répression au Gabon est au moins aussi grave qu'en Pologne.
Monsieur le Président Mitterrand évite le Gabon au cours de son premier périple en Afrique noire. Faut-il voir là un désavœu des pratiques du Président Bongo, de sa clique de « conseillers » français parmi lesquels figuraient encore il n'y a pas si longtemps M. Debizet, Président du S.A.C., et autres hommes mis en place par Foccart, de sa horde de « valets » gabonais, anciens étudiants socialisants qui se sont ralliés sans aucun problème de conscience au chef, Suprême du Parti Démocratique Gabonais à leur retour au pays ? N'aurait-il pas été préférable que ce désaveu soit officiel, et expliqué ? Mais on dit que le Gouvernent français se serait engagé à veiller à ce que M. Bongo ne soit pas trop « sali », après que celui-ci se soit ému des articles de presse le compromettant dans l'affaire de l'assassinat du peintre Robert Luong, affaire qui est d'ailleurs retombée dans l'oubli.
Un mouvement contestataire
Oui, il a fait un bon choix, M. le Président Bongo. Le Ministre de la Justice du Gabon recevra quelques lettres de militants d'Amnesty International, qu'il mettra au panier, et ces deux cents personnes emprisonnées ne créeront pas beaucoup de remue-ménage.
Mais au fait, qu'ont-ils fait, ces meneurs dangereux pour le régime de Bongo ? S'appuyant sur un mécontentement populaire de plus en plus grand, ils se sont rassemblés en un mouvement dit de Redressement National (MORENA); ils ont réussi à faire circuler des tracts à Libreville, demandant l'abolition du régime de parti unique, accusant le régime d'avoir laissé piller le pays, et demandant le départ du Président Bongo. Une première distribution de tracts avait déjà déclenché plusieurs arrestations début décembre 81, et provoqué la fermeture de l'université jusqu'au 15 janvier 82. Cela n'a pas suffi à « casser » le mouvement contestataire puisque [PAGE 32] des arrestations plus nombreuses et plus brutales ont ou lieu en mars-avril 82.
Ce mouvement contestataire existe en fait depuis fort longtemps au Gabon. A preuve, l'arrestation de Jean Marc Ekoh, emprisonné pour la troisième fois depuis 1964, Ministre d'un Gouvernement issu d'élections légales et renversé quelques jours après par une intervention de parachutistes français, il fut accusé de complot contre le Président déchu, Léon Mba, et emprisonné avec Jean Hilaire Obame et autres soi-disant « comploteurs ». M. Léon Mba retrouva sa place de Président et M. Ekoh pourrit pendant sept ans en prison. Sorti de prison, il n'eut pas le bon goût de faire son auto-critique et d'accepter la clémence du Président Bongo, qui avait entre-temps succédé à Léon Mba, et qui lui proposait un poste dans un Ministère! Il reprit simplement son travail d'instituteur dans l'enseignement privé protestant, et ne changea pas d'idées. Comme il avait refusé de cautionner la politique de Léon Mba, il refusa de cautionner celle de Bongo qui en était le fidèle prolongement. Une affaire montée de toutes pièces permit de le remettre en prison où il resta à nouveau trois ans.
Il est maintenant incarcéré pour la troisième fois. Son seul crime : après son second séjour en prison, il persistait toujours dans ses opinions et ne faisait pas « amende honorable » devant le Président Bongo. Cela pourtant lui aurait rapporté beaucoup d'argent et d'honneurs. Mais il avait un autre sens de l'honneur et préféra nourrir sa famille avec sa maigre solde d'instituteur. Il faut croire que M. Bongo a des leçons à prendre en matière de rééducation; pour perfectionner ses méthodes et supprimer les « récidivistes » – ces gens-là posent toujours des problèmes à un gouvernement totalitaire – on pourrait lui conseiller un stage dans certains pays dont il prétend pourtant ne pas être l'ami. Il y a des prisons dont on ne sort que mort ou soumis. Jean Marc Ekoh, malgré dix années passées en prison, ne s'est jamais soumis. Cela, M. Bongo ne peut le supporter.
J'ai séjourné au Gabon à une époque où Jean Marc Ekoh était en « liberté »; enfin, il n'était pas en prison, mais ses moindres déplacements étaient surveillés, ainsi que ses fréquentations. Les anciens étudiants gabonais que j'avais connus en France, devenus « cadres » au Gabon, [PAGE 33] qui le recevaient chez eux tant qu'ils étaient à l'étranger, qui buvaient ses paroles, semblaient le reconnaître comme un guide et acquiesçaient à tous ses propos, m'ont fait comprendre au Gabon qu'il n'était pas à fréquenter. Il est vrai que ces anciens étudiants en mal de révolution hantent maintenant la Présidence de la République, les Ministères, ont accédé à de hautes responsabilités; bref ils sont devenus ces « valets » qu'ils méprisaient tant qu'ils étaient à l'étranger, mis à part quelques-uns qui, comme Michel Owono, ingénieur des mines, partagent en prison le triste sort de Jean Marc Ekoh.
Nous demandons à tous les lecteurs de cet article d'écrire pour demander da libération immédiate de :
Jean Marc EKOH
Michel OWONO
François ONDO-EDOU
et de tous les autres prisonniers politiques au Gabon.
Les lettres doivent être adressées à :
Monsieur E.A. MBOUY-BOUTZIT,
Ministre de la Justice,
B.P. 496
Libreville - GABON