A STATE CANNOT BE HEARTLESS! UN ÉTAT NE PEUT ÊTRE SANS CŒUR!
English version
Make way for the bulldozers!" On Thursday, November 5, 2026, the front page of L'Union spreads the headline in capital letters above a striking photo: an orange excavator in the middle of a field of rubble, a gutted building left half-standing, and a few passers-by watching in silence.
The photo shows the machine and the ruins. It doesn't show the families who lived there the day before.
A state has the right to transform its capital. It even has a duty to do so. But a state must take care not to become indifferent to its citizens' suffering. Modernizing Libreville and respecting the people who live there are not opposing goals: they are the same project, or there is no project at all.
What is happening in Okala and Dibadiba
The machines went into action on Wednesday, November 4. Two roads are targeted: the stretch from the Okala dispensary to the SEEG power station, and the road linking Lac-Bleu to Dibadiba. The stated goal is to widen the access roads of Greater Libreville and improve traffic flow.
The government announced the operation on October 26. On the Okala stretch alone, the census counts 67 buildings affected. Of their owners, only 13 hold a land title.
On November 2, the government spokesman deplored "resistance." He called on occupants to vacate the premises and remove their belongings before November 4. Two days.
This project is not an isolated case. Since 2025, Libreville has lived to the rhythm of demolitions: Plaine-Orety, Les Charbonnages, Baie des Cochons, Trois-Quartiers, the route of the Boulevard de la Transition. Each time, the same scene repeats itself.
The state is not wrong to want to change the city
Let's be honest: nobody misses the endless traffic jams, the clogged gutters or the neighborhoods that flood with every rainfall. Decades of unplanned urban growth have left buildings on public land, along roadsides and sometimes in riverbeds.
A capital that can breathe, wider roads, drains that work: these are real needs. Many residents acknowledge it themselves. They are not against change.
So the problem is not the why. It is the how.
The pain the photo doesn't show
Behind every pile of rubble, there is a story. A house built brick by brick, sometimes over a lifetime. A small business that fed a family. Children who have to change schools in the middle of the school year.
Two days to empty a house is not a deadline; it is an order. Where should people go? With what money? Who will be compensated, and how much?
These questions come up with every operation, and the answers rarely arrive before the machines do.
There is also the question of land titles. That 54 of the 67 buildings in Okala have none does not mean their occupants are fraudsters. In Gabon, obtaining a land title is often an obstacle course.
Many people bought in good faith, sometimes with the tacit blessing of an administration that looked the other way for years.
Finally, there is the manner. Demolitions under police escort, official statements that speak of "resistance": this language treats worried citizens as obstacles. Yet a citizen who resists is often a citizen who has not been heard.
What an attentive state could do
The state has already made a gesture: help desks have opened in schools in Okala, Charbonnage and Dibadiba to transfer pupils to schools near their new homes. It proves that families can be taken into account. It needs to go further.
- Humane deadlines. Several months' notice, not a few days, so that everyone can make arrangements.
- Clear, public compensation. Rates known to all, paid before demolition, not after.
- A rehousing solution. Social housing or serviced plots, ready before the machines arrive.
- Fair treatment for those without titles. Recognize good-faith occupation and length of residence, not just the land title.
- Dialogue before force. Neighborhood meetings, a named point of contact, a right of appeal. Police as a last resort, not on the front line.
- Transparency about the projects. Show the plans and explain what will be built and when, so the sacrifice has a visible purpose.
A city is built with its residents
Tomorrow's roads may well be wide and free-flowing. But if they are laid on the anger and humiliation of those who lived there, they will leave a wound that asphalt will not heal.
A strong state is not one that demolishes quickly. It is one that knows how to transform the country without abandoning those the transformation leaves by the roadside.
Make way for the bulldozers, perhaps. But first, make way for the citizens.
Version française
« Place aux bulldozers ! » Ce jeudi 5 novembre 2026, la une de L'Union s'étale en lettres capitales au-dessus d'une photo saisissante : une pelleteuse orange au milieu d'un champ de gravats, un immeuble éventré à moitié debout, et quelques passants qui regardent sans rien dire.
La photo montre la machine et les ruines. Elle ne montre pas les familles qui vivaient là la veille.
Un État a le droit de transformer sa capitale. Il a même le devoir de le faire. Mais un État doit éviter d'être insensible à la douleur de ses citoyens. Moderniser Libreville et respecter ceux qui y vivent ne sont pas deux objectifs opposés : c'est le même projet, ou ce n'en est pas un.
Ce qui se passe à Okala et à Dibadiba
Les engins sont entrés en action le mercredi 4 novembre. Deux axes sont visés : le tronçon Dispensaire d'Okala–Centrale SEEG et la route qui relie le Lac-Bleu à Dibadiba. L'objectif annoncé est d'élargir les voies de desserte du Grand Libreville et d'améliorer la circulation.
Le gouvernement avait annoncé l'opération le 26 octobre. Sur le seul tronçon d'Okala, le recensement compte 67 bâtiments concernés. Parmi leurs propriétaires, 13 seulement détiennent un titre foncier.
Le 2 novembre, le porte-parole du gouvernement a déploré des « résistances ». Il a demandé aux occupants de libérer les lieux et d'emporter leurs biens avant le 4 novembre. Deux jours.
Ce chantier n'est pas isolé. Depuis 2025, Libreville vit au rythme des démolitions : Plaine-Orety, les Charbonnages, la Baie des Cochons, les Trois-Quartiers, le tracé du Boulevard de la Transition. À chaque fois, la même scène se répète.
L'État n'a pas tort de vouloir changer la ville
Soyons honnêtes : personne ne regrette les embouteillages interminables, les caniveaux bouchés ni les quartiers qui s'inondent à chaque pluie. Des décennies d'urbanisation sans plan ont laissé des constructions sur des emprises publiques, au bord des routes et parfois sur le lit des cours d'eau.
Une capitale qui respire, des routes plus larges, des drains qui fonctionnent : ce sont des besoins réels. Beaucoup de riverains le reconnaissent eux-mêmes. Ils ne sont pas contre le changement.
Le problème n'est donc pas le pourquoi. C'est le comment.
La douleur qu'on ne voit pas sur la photo
Derrière chaque tas de gravats, il y a une histoire. Une maison construite brique après brique, parfois sur toute une vie. Un petit commerce qui nourrissait une famille. Des enfants qu'il faut changer d'école en pleine année scolaire.
Deux jours pour vider une maison, ce n'est pas un délai, c'est une injonction. Où aller ? Avec quel argent ? Qui sera indemnisé, et combien ?
Ces questions reviennent à chaque opération, et les réponses arrivent rarement avant les engins.
Il y a aussi la question des titres fonciers. Que 54 des 67 bâtiments d'Okala n'en aient pas ne signifie pas que leurs occupants sont des fraudeurs. Au Gabon, obtenir un titre foncier relève souvent du parcours du combattant.
Beaucoup ont acheté de bonne foi, parfois avec la bénédiction tacite de l'administration qui a laissé faire pendant des années.
Enfin, il y a la manière. Des démolitions sous escorte des forces de l'ordre, des communiqués qui parlent de « résistances » : ce vocabulaire traite des citoyens inquiets comme des obstacles. Or un citoyen qui résiste est souvent un citoyen qui n'a pas été écouté.
Ce qu'un État attentif pourrait faire
L'État a déjà fait un geste : des guichets ont été ouverts dans des écoles d'Okala, du Charbonnage et de Dibadiba pour transférer les élèves vers des établissements proches de leurs nouveaux domiciles. C'est la preuve qu'on peut penser aux familles. Il faut aller plus loin.
- Des délais humains. Un préavis de plusieurs mois, pas de quelques jours, pour que chacun puisse s'organiser.
- Une indemnisation claire et publique. Des barèmes connus de tous, versés avant la démolition et non après.
- Une solution de relogement. Des logements sociaux ou des parcelles viabilisées, prêts avant l'arrivée des engins.
- Un traitement juste des sans-titres. Reconnaître l'occupation de bonne foi et la durée de résidence, pas seulement le titre foncier.
- Le dialogue avant la force. Des réunions de quartier, un interlocuteur identifié, un recours possible. Les forces de l'ordre en dernier recours, pas en première ligne.
- La transparence sur les projets. Montrer les plans, expliquer ce qui sera construit et quand, pour que le sacrifice ait un sens visible.
Une ville se construit avec ses habitants
Les routes de demain seront peut-être larges et fluides. Mais si elles sont tracées sur la colère et l'humiliation de ceux qui vivaient là, elles laisseront une blessure que le bitume ne refermera pas.
Un État fort n'est pas celui qui démolit vite. C'est celui qui sait transformer le pays sans abandonner ceux que la transformation laisse sur le bord de la route.
Place aux bulldozers, peut-être. Mais d'abord, place aux citoyens.

Comments
Post a Comment