MR. JEAN GASPARD NTOUTOUME AYI, ABOUT DEBT, YOU ARE BOTH WRONG AND RIGHT! M. JEAN GASPARD NTOUTOUME AYI, À PROPOS DE LA DETTE, VOUS AVEZ À LA FOIS TORT ET RAISON !
English version
In a recent interview with Christian Bernard Rekoula, Jean Gaspard Ntoutoume AYI, now a member of parliament, made two important claims about Gabon’s debt:
1. That Gabon is badly indebted
2. That the debt/GDP ratio isn’t as significant as it seems, since large countries like the USA or France are indebted at more than 100% of their GDP.
While this blog agrees with the first claim, it seems to us that the deputy is mistaken on the second.
On substance, what the deputy says about bad debt is largely corroborated by independent sources: Fitch, the IMF, the World Bank, etc.
Ntoutoume Ayi, the former Director General of Public Debt, doesn’t merely point to a high level of debt: he criticizes the quality of that debt, that is, what the borrowed money is used for and at what cost. He estimated that these new loans will generate an interest burden of more than 1,000 billion CFA francs over ten years, and according to an article covering his remarks, more than 1,400 billion CFA francs in additional borrowing is essentially being used to keep the State afloat, not to build roads, schools, or productive infrastructure. This is confirmed by external data.
According to the IMF, Gabon’s public debt is expected to rise from 70.9% of GDP in 2024 to 94.3% in 2027, a 23.4-point increase over three years, largely driven by repeated primary deficits that inflate the debt stock even before interest payments are factored in.
Debt service absorbed 42.6% of public revenue in 2024 according to the World Bank, and the government itself plans to devote nearly a quarter of budget revenue to it in 2026.
Fitch has maintained Gabon’s rating at “CCC-,” a rating that reflects deep structural vulnerabilities, caught between refinancing pressures and fiscal slippage, with a budget deficit deemed alarming at 12.2% of GDP in 2025.
Fitch highlights the country’s growing dependence on the CEMAC bond market, where liquidity remains fragile, meaning Gabon pays dearly to finance itself.
Ultimately, the deputy’s diagnosis, debt used for operating expenses rather than productive investment, high borrowing costs, a crushing debt service burden, a downgraded credit rating, strikes us as consistent with what Fitch, the IMF, and the World Bank document.
However, when the deputy justifies Gabon’s worrying debt/GDP ratio by saying that the USA and France also have high ratios, this blog says: hold on!
The public debt/GDP ratio of these developed countries is:
• United States: ~122%
• France: ~117.5%
What explains the gap in perception between wealthy countries with modern economies that take on debt, and a country like Gabon, is this:
France and the USA borrow in their own currency (euro, dollar). Gabon borrows largely in foreign currencies (dollar, euro, CFA franc pegged to the euro). A country that borrows in its own currency can, as a last resort, have its central bank create more of it (printing money); whereas a country indebted in foreign currency cannot do this and depends on export revenue to repay.
The United States and France have access to enormous, liquid bond markets, with a base of international investors that keeps buying their debt at low rates, these are their own markets. Gabon must borrow at much higher rates on markets outside its control, which mechanically worsens its burden. Debt service weighs more heavily.
These Western countries have an efficient tax administration, a diversified and stable economy, and a reliable repayment track record. Gabon is heavily dependent on oil, has volatile revenue, a narrower tax base, and governance judged more than fragile by rating agencies, which increases the perceived risk of default.
The dollar is the world’s reserve currency. Structural demand for US debt exists independently of its debt level, giving the USA a unique degree of flexibility that no other country has.
Version Française
Lors d’une récente interview accordée à Christian Bernard Rekoula, Jean Gaspard Ntoutoume AYI, le désormais député, a dit deux choses importantes à propos de la dette du Gabon:
- Que le Gabon était mal endetté
- Que le ratio dette/PIB n’était pas si important que ça car des grands pays comme les USA, ou la France sont endettés à plus de 100% de leur PIB.
Si ce blog est d’accord avec la première assertion, il nous semble que M. le député fasse fausse route sur la seconde.
Sur le fond, ce qu’avance le député à propos de la mauvaise dette est largement corroboré par des sources indépendantes: Fitch, FMI, Banque mondiale, etc.
Ntoutoume Ayi, l’ancien directeur général de la Dette publique, ne se contente pas de pointer un niveau élevé de dette : il critique la qualité de cet endettement, c’est-à-dire à quoi sert l’argent emprunté et à quel coût. Il a estimé que ces nouveaux emprunts généreront une charge d’intérêts de plus de 1 000 milliards de FCFA sur dix ans, et selon un article reprenant son intervention, plus de 1 400 milliards de FCFA d’emprunts supplémentaires servent essentiellement à maintenir l’État à flot, non à construire des routes, des écoles ou des infrastructures productives. Ce que confirment les données externes.
Selon le FMI, la dette publique du Gabon devrait passer de 70,9 % du PIB en 2024 à 94,3 % en 2027, une hausse de 23,4 points en trois ans, largement due à des déficits primaires répétés qui alourdissent l’encours de la dette avant même les paiements d’intérêts.
Le service de la dette absorbait 42,6 % des recettes publiques en 2024 selon la Banque mondiale, et le gouvernement lui même prévoit d’y consacrer près du quart des recettes budgétaires en 2026.
L’agence Fitch a maintenu la note du Gabon à CCC-, une note qui reflète des vulnérabilités structurelles profondes, entre pressions sur le refinancement et dérapage budgétaire, avec un déficit budgétaire jugé inquiétant à 12,2 % du PIB en 2025.
Fitch souligne la dépendance accrue du pays au marché obligataire de la CEMAC, où la liquidité demeure fragile, ce qui veut dire que le Gabon paie cher pour se financer.
En définitive, le diagnostic du député: dette utilisée pour du fonctionnement plutôt que de l’investissement productif, coût d’emprunt élevé, service de la dette écrasant, notation dégradée, nous semble cohérent avec ce que documentent Fitch, le FMI et la Banque mondiale.
Par contre, lorsque le député justifie le ratio inquiétant dette/PIB, du Gabon en disant que les USA et la France ont aussi des ratios élevés, ce blog dit halte !
La dette publique/PIB de ces pays développés est:
• États-Unis : ~122 %
• France : ~117,5 %
Ce qui explique l’écart de perception entre pays riches aux économies modernes, qui s’endettent, et un pays comme le Gabon est que:
La France et les USA empruntent dans leur propre monnaie (euro, dollar). Le Gabon emprunte en grande partie en devises étrangères (dollar, euro, franc CFA arrimé à l’euro). Un pays qui s’endette dans sa propre monnaie peut, en dernier recours, la faire créer par sa banque centrale ( la planche à billets); alors qu’un pays endetté en devise étrangère ne le peut pas et dépend des recettes d’exportation pour rembourser.
Les États-Unis, et la France ont accès à des marchés obligataires immenses et liquides, avec une base d’investisseurs internationaux qui continue d’acheter leur dette à des taux bas; ce sont leurs propres marchés. Le Gabon doit emprunter à des taux bien plus élevés sur des marchés hors de son contrôle, ce qui aggrave mécaniquement son fardeau. le service de la dette pèse plus lourd.
Ces pays occidentaux ont une administration fiscale efficace, une économie diversifiée et stable, et un historique de remboursement fiable. Le Gabon dépend très fortement du pétrole, recettes volatiles, a une base fiscale plus étroite, et une gouvernance jugée plus que fragile par les agences de notation, ce qui augmente le risque perçu de défaut.
Le dollar est la monnaie de réserve mondiale. Une demande structurelle pour la dette américaine existe indépendamment du niveau d’endettement, ce qui donne aux USA une marge de manœuvre unique qu’aucun autre pays n’a.
Les agences de notation et les marchés regardent aussi : la croissance économique future, le déficit primaire, la charge d’intérêts en % des recettes, et la capacité politique à ajuster les dépenses/impôts. Un pays occidental prospère, avec 120 % de dette mais une croissance solide et une monnaie forte est jugé plus soutenable qu’un pays comme le Gabon, à 80 % mais avec une croissance fragile et une dépendance aux matières premières.
Ce que nous voulons rappeler au député est que ce n’est pas le chiffre brut qui compte le plus, mais la capacité perçue à rembourser; et celle-ci dépend de la devise d’emprunt, de la solidité institutionnelle et de l’accès aux marchés, pas seulement du ratio dette/PIB.
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