Can a president who is Head of government, be disappointed by his own ministers? Un président chef du gouvernement peut-il être déçu par ses propres ministres ?
English version
In its October 13, 2026 editorial, L'Union's director, Lin-Joël Ndembet, makes an odd observation: "Too many ministers have disappointed." The diagnosis is simply strange, because it overlooks an essential question: who chose them, who leads them, and who answers for their results?
The editorial comes two days after the cabinet reshuffle of Sunday, October 11. Three days earlier, a Council of Ministers had been devoted to fuel, water and electricity shortages. In other words, to the hardships Gabonese people face every day.
The new government now has 32 ministers and deputy ministers, up from 29. Eight newcomers join, while five leave the executive. This is the second reshuffle of the year, after the one on January 1, 2026, which had already seen more than ten ministers depart.
More than three years after the coup of August 30, 2023, and eighteen months after the April 2025 presidential election, the same scenario repeats itself. The faces change, but the water and power cuts remain.
Under the current system, there is no Prime Minister. CBON is both head of state and head of government. The Vice-President of the Government, Hermann Immongault, coordinates, but does not govern in his place.
That changes everything. Under France's Fifth Republic, a Prime Minister can act as a "fuse" when results disappoint. In Gabon, that fuse no longer exists. The president appoints the ministers, sets their priorities, chairs their meetings and decides whether they stay.
So to say that "too many ministers have disappointed" is, implicitly, to say that the leader's choices have disappointed. A coach who changes his players twice a year without the team ever winning must, at some point, question his own tactics.
The editorialist accuses the ministers of confusing communication with action. But it is striking to see the country's leading daily, historically close to those in power, take aim at those who carry out orders without ever naming the one who gives them.
It is an old reflex in our political life: when things go well, the credit goes to the top; when things go badly, the blame falls on the entourage.
Ministers become convenient scapegoats, and the reshuffle serves as a safety valve.
Yet a people without water and electricity is not asking for new names. It is asking for results, and for someone to answer for them.
CBON's supporters will put forward several arguments:
- Oligui Nguema was elected in April 2025; his legitimacy comes from the ballot box, not just from the coup.
- Reshuffling is precisely a way of sanctioning those who failed to deliver: it is a form of accountability.
- The water and electricity shortages are the legacy of decades of underinvestment and cannot be fixed in three years.
- The fact that an L'Union editorialist openly criticizes ministers would itself be a sign of openness.
These arguments are not without merit. But none of them answers the original question: if the president alone chooses and alone leads, he must also answer for the results.
Lin-Joël Ndembet is right about one thing: Gabon no longer has time for dithering. But the demands he makes of the ministers apply first and foremost to the man who appoints them.
As long as every failure is handled with a reshuffle, and every success with a tribute to the leader, nothing will truly change. A functioning Republic is not one where those in power are always right. It is one where those in power agree to be held accountable, starting at the top.
Version française
Dans son éditorial du 13 octobre 2026, le directeur de L'Union, Lin-Joël Ndembet, dresse un constat bizarre: « Trop de ministres ont déçu. » Le diagnostic est juste étrange, car il oublie une question essentielle : qui les a choisis, qui les dirige, et qui répond de leurs résultats ?
L'éditorial tombe deux jours après le remaniement du dimanche 11 octobre. Trois jours plus tôt, un Conseil des ministres avait été consacré aux pénuries de carburant, d'eau et d'électricité. Autrement dit, aux difficultés que les Gabonais vivent au quotidien.
Le nouveau gouvernement compte désormais 32 ministres et ministres délégués, contre 29 auparavant. Huit personnalités font leur entrée, cinq quittent l'exécutif. C'est le deuxième remaniement de l'année, après celui du 1er janvier 2026, qui avait déjà vu partir plus d'une dizaine de ministres.
Plus de trois ans après le coup d'État du 30 août 2023 et dix-huit mois après la présidentielle d'avril 2025, le scénario se répète. Les visages changent, les coupures d’eau et d’électricité restent.
Dans l'architecture actuelle, il n'y a pas de Premier ministre. CBON est à la fois chef de l'État et chef du gouvernement. Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, coordonne, mais ne gouverne pas à sa place.
Cela change tout. Sous la Ve République française, un Premier ministre peut servir de « fusible » quand les résultats déçoivent. Au Gabon, ce fusible n'existe plus. Le président nomme les ministres, fixe leurs priorités, préside leurs réunions et décide de leur maintien.
Dès lors, dire que « trop de ministres ont déçu », c'est dire, en creux, que les choix du chef ont déçu. Un entraîneur qui change ses joueurs deux fois par an sans que l'équipe ne gagne doit, à un moment, s'interroger sur sa propre tactique.
L'éditorialiste reproche aux ministres d'avoir confondu communication et action; Mais il est frappant de voir le principal quotidien du pays, historiquement proche du pouvoir, viser les exécutants sans jamais nommer celui qui les dirige.
C'est un vieux réflexe de notre vie politique : quand tout va bien, le mérite revient au sommet ; quand tout va mal, la faute retombe sur l'entourage. Les ministres deviennent des boucs émissaires commodes, et le remaniement sert de soupape.
Or un peuple qui manque d'eau et d'électricité ne demande pas de nouveaux noms. Il demande des résultats, et quelqu'un qui en réponde.
Les partisans de CBON avanceront plusieurs arguments :
- Oligui Nguema a été élu en avril 2025 ; il tient sa légitimité des urnes, pas seulement du coup d'État.
- Remanier, c'est justement sanctionner ceux qui n'ont pas livré : c'est une forme de redevabilité.
- Les pénuries d'eau et d'électricité sont héritées de décennies de sous-investissement, et ne se règlent pas en trois ans.
- Qu'un éditorialiste de L'Union critique ouvertement des ministres serait, en soi, un signe d'ouverture.
Ces arguments ne sont pas sans fondement. Mais aucun ne répond à la question de départ : si le président choisit seul et dirige seul, il doit aussi répondre des résultats.
Lin-Joël Ndembet a raison sur un point : le Gabon n'a plus le temps des tergiversations. Mais l'exigence qu'il adresse aux ministres vaut d'abord pour celui qui les nomme.
Tant que chaque échec se paiera par un remaniement, et chaque réussite par un hommage au chef, rien ne changera vraiment. Une République qui fonctionne, ce n'est pas un pouvoir qui a toujours raison. C'est un pouvoir qui accepte de rendre des comptes, à commencer par le sommet.

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