AN UNACCEPTABLE AND INTOLERABLE EDITORIAL! UN ÉDITORIAL INACCEPTABLE ET INTOLÉRABLE !





English version


The cynical, cold and deeply Machiavellian tone of this editorial is shocking; especially for anyone who advocates for the rule of law and the emancipation of African peoples.


François Soudan is known for his editorial line imbued with françafrique. In this text, he delivers what resembles the ideological testament of a certain idea of Africa or an old political guard: the apology of the enlightened despot.


To understand why this article is deplorable, it is necessary to dissect the arguments, separate the geopolitical observation that contains a part of truth, from its philosophical conclusion which is extremely questionable.


In his first part, François Soudan describes the pragmatism of African states in the face of global crises (Ukraine, Iran). He says that African countries refuse to align themselves with Western injunctions. That they practice non-alignment to protect themselves, because these wars are not theirs, and the West’s variable geometry international law is no longer credible.


On this specific point, the analysis is factual. The continent today claims an assumed multi-alignment. This is an obvious geopolitical survival instinct.


But then, the editorial turns into provocation and paternalism. Soudan says Africans don’t want soft democracy; they want strength. That they like fear, provided that the chief cuts off heads, by firings to show his authority, and that he does not totally plunder the country. In short, tyranny is acceptable if it is accompanied by a minimum of redistribution.


Soudan here makes a voluntary tragic confusion between a strong state and a strong man. The African populations do not demand dictators, they demand functioning institutions, security and public services.


In addition, the idea that there may be an absolute but not predatory despot is a historical illusion. Absolute power corrupts absolutely. Without counter-powers (press, justice, opposition), governance inevitably ends up in the economic looting it claims to denounce.


The conclusion of the article is probably the most morally chilling. Soudan argues that politics has nothing to do with morality. That immortality and corruption are less destructive than stupidity. He says that societies survive robberies, not errors of judgment.


This is the classic justification for authoritarian regimes and kleptocracy. To say that the people can survive the theft of their resources as long as the leader is able to maintain order is an insult to intelligence and dignity. Corruption (the famous robberies) is not a simple moral defect; it is what empties hospitals of their drugs, prevents the construction of schools and pushes young people to risk their lives in the Mediterranean or in the Darién jungle.


What is truly scandalous in this text is its implicit postulate: the African would not be made for democracy. The author sweeps civil society, the media, and judges with a backhand.


Yet all serious opinion polls on the continent (such as those by the Afrobarometer Institute) demonstrate exactly the opposite: an overwhelming majority of Africans rejects life presidencies, military regimes and demand electoral democracy and accountability. The monumental demonstrations in Senegal to preserve institutions or in Kenya against the laws of finance are living proof of this.


This article does not describe the Africa that citizens want to build; it describes the Africa that the established powers try to preserve at all costs.





Version française 


Le ton cynique, froid et profondément machiavélique de cet éditorial a de quoi choquer; surtout pour quiconque milite pour l'État de droit et l'émancipation des peuples africains.


François Soudan est connu pour sa ligne éditoriale imprégnée de françafrique. Dans ce texte, il livre ce qui ressemble au testament idéologique d'une certaine idée de l’Afrique ou d'une vieille garde politique : l'apologie du despote éclairé.


Pour comprendre pourquoi cet article fest déplorable, il faut en décortiquer les arguments, séparer le constat géopolitique qui contient une part de vérité, de sa conclusion philosophique qui est extrêmement discutable.


Dans sa première partie, François Soudan décrit le pragmatisme des États africains face aux crises mondiales (Ukraine, Iran). Il dit que les pays africains refusent de s'aligner sur les injonctions occidentales. Qu’ils pratiquent le non-alignement pour se protéger, car ces guerres ne sont pas les leurs, et le droit international à géométrie variable de l'Occident n'est plus crédible.


Sur ce point précis, l'analyse est factuelle. Le continent revendique aujourd'hui un multi-alignement assumé. C'est un instinct de survie géopolitique évident.


Mais ensuite, l'éditorial bascule dans la provocation et le paternalisme. Soudan affirme que les Africains ne veulent pas de démocratie douce; qu’ils veulent de la force. Qu’ils aiment la crainte, à condition que le chef coupe des têtes, par des limogeages pour montrer son autorité, et qu'il ne pille pas totalement le pays. En somme, la tyrannie est acceptable si elle s'accompagne d'un minimum de redistribution.


Soudan fait ici une confusion tragique volontaire entre un État fort et un Homme fort. Les populations africaines ne réclament pas des dictateurs, elles réclament des institutions qui fonctionnent, de la sécurité et des services publics.


De plus, l'idée qu'il puisse exister un despote absolu mais non prédateur est une illusion historique. Le pouvoir absolu corrompt absolument. Sans contre-pouvoirs (presse, justice, opposition), la gouvernance finit inévitablement dans le pillage économique qu'il prétend dénoncer.


La conclusion de l'article est sans doute la plus glaçante sur le plan moral. Soudan soutien que la politique n'a rien à voir avec la morale. Que l’immortalité et la corruption sont moins destructrices que la bêtise. Il dit que les sociétés survivent aux rapines, pas aux erreurs de jugement.


C'est la justification classique des régimes autoritaires et de la kleptocratie. Dire que le peuple peut survivre au vol de ses ressources tant que le dirigeant est capable de maintenir l'ordre est une insulte à l'intelligence et à la dignité. La corruption (les fameuses rapines), n'est pas un simple défaut moral ; c'est ce qui vide les hôpitaux de leurs médicaments, empêche la construction des écoles et pousse la jeunesse à risquer sa vie dans la Méditerranée ou dans la jungle du Darién.


Ce qui est véritablement scandaleux dans ce texte, c'est son postulat implicite : l'Africain ne serait pas fait pour la démocratie. L'auteur balaye d'un revers de main la société civile, les médias, et les juges. 


Pourtant, toutes les enquêtes d'opinion sérieuses sur le continent (comme celles de l'institut Afrobarometer) démontrent exactement l'inverse : une écrasante majorité d'Africains rejette les présidences à vie, les régimes militaires et réclame la démocratie électorale et la reddition de comptes. Les manifestations monumentales au Sénégal pour préserver les institutions ou au Kenya contre les lois de finances en sont la preuve vivante.


Cet article ne décrit pas l'Afrique que les citoyens souhaitent construire ; il décrit l'Afrique que les pouvoirs établis tentent de conserver à tout prix.


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