HERE’S WHAT IS SAD! VOICI QUI EST TRISTE !
English version
Some sentences reveal a whole vision of a country in just a few words. This one, reported by L'Union on Friday, October 9, 2026, comes from Michel Régis Onanga Ndiaye, President of the National Assembly: “We must build our country in light of the Head of State's pragmatism. Let us leave theory to the universities.”
The timing only adds to the irony. This week, as every early October, the whole world is looking to Stockholm and Oslo, where researchers, economists and writers are being honored for work that, more often than not, began as… theory.
We can try a charitable reading. Perhaps the President of the Assembly simply meant that it is time to act rather than debate endlessly, and that grand speeches are no substitute for roads, schools and hospitals. Many Gabonese share that call to action.
But words carry meaning, especially from the head of an institution whose very mission is to reflect, deliberate and write the law. Setting “pragmatism” against “the theory of the universities” suggests that thinking is a luxury, or even an obstacle. It puts those who act on one side and those who think on the other, as if the country could be built with one group and without the other.
The history of science tells exactly the opposite story. At the start of the 20th century, quantum physics was a matter for theorists poring over abstract equations; today it is in every phone, every computer, every solar panel. The most “useless” mathematics now protects our banking transactions. GPS would not work without the theory of relativity.
The same is true of economics, law and the social sciences. An agricultural policy, a tax reform, a public health plan: none of these can be improvised. It is researchers who measure, compare, model and evaluate. Pragmatism without knowledge is not pragmatism at all; it is trial and error, and trial and error is expensive for a country.
Gabon has universities, researchers and teachers who often work in difficult conditions: overcrowded lecture halls, under-equipped laboratories, modest research budgets. Many of our brightest minds leave to teach and do research elsewhere, for lack of recognition and resources at home.
In this context, hearing one of the highest authorities of the State relegate “theory” to the universities, like a cumbersome object stored away in the attic, sends a disastrous signal. To students, it says their studies do not really matter. To researchers, that their expertise is not wanted. And to the intellectual diaspora, that there is no place for them back home.
The countries that have developed most rapidly in recent decades did not choose between action and reflection. They invested heavily in education and research, and they involved their academics in designing public policy. True pragmatism means relying on the best available knowledge to make decisions, then honestly evaluating the results.
Supporting the Head of State, if that is what the remark intended, should not mean disparaging those who think. On the contrary: a pragmatic executive has every interest in being informed by Gabonese economists, engineers, lawyers and sociologists trained in our own universities.
In this week of the Nobel Prizes, the contrast is striking. Elsewhere, patient thinking that ends up transforming the world is being celebrated. Here, we are invited to leave it at the door.
Gabon does not have to choose between its builders and its thinkers. It needs both, and above all it needs its leaders to stop pitting one against the other. Rather than “let us leave theory to the universities,” let us say instead: let us bring the universities into building the country.
Version française
Il y a des phrases qui, en quelques mots, en disent long sur une vision du pays. Celle-ci, rapportée par L'Union du vendredi 9 octobre 2026, est signée Michel Régis Onanga Ndiaye, président de l'Assemblée nationale : « Nous devons construire notre pays au regard du pragmatisme du chef de l'État. Laissons la théorie des universités. »
Le moment choisi ajoute à l'ironie. Cette semaine, comme chaque début octobre, le monde entier a les yeux tournés vers Stockholm et Oslo, où l'on célèbre des chercheurs, des économistes et des écrivains pour des travaux qui, bien souvent, ont commencé par être… de la théorie.
On peut tenter une lecture charitable. Peut-être le président de l'Assemblée voulait-il simplement dire qu'il est temps d'agir plutôt que de débattre sans fin, et que les grands discours ne remplacent pas les routes, les écoles et les hôpitaux. Cet appel à l'action, beaucoup de Gabonais le partagent.
Mais les mots ont un sens, surtout dans la bouche du chef d'une institution dont la mission même est de réfléchir, de délibérer et d'écrire la loi. Opposer le « pragmatisme » à « la théorie des universités », c'est suggérer que la pensée serait un luxe, voire un frein. C'est placer d'un côté ceux qui agissent, de l'autre ceux qui réfléchissent, comme si le pays pouvait se construire avec les uns sans les autres.
L'histoire des sciences raconte exactement l'inverse. La physique quantique était, au début du XXe siècle, une affaire de théoriciens penchés sur des équations abstraites : elle est aujourd'hui dans chaque téléphone, chaque ordinateur, chaque panneau solaire. Les mathématiques les plus « inutiles » protègent désormais nos transactions bancaires. Le GPS ne fonctionnerait pas sans la théorie de la relativité.
Il en va de même pour l'économie, le droit ou les sciences sociales. Une politique agricole, une réforme fiscale, un plan de santé publique : rien de tout cela ne relève de l'improvisation. Ce sont des chercheurs qui mesurent, comparent, modélisent et évaluent. Le pragmatisme sans savoir, ce n'est pas du pragmatisme, c'est du tâtonnement, et les tâtonnements coûtent cher à un pays.
Le Gabon dispose d'universités, de chercheurs, d'enseignants qui travaillent souvent dans des conditions difficiles : amphithéâtres surchargés, laboratoires sous-équipés, budgets de recherche modestes. Beaucoup de nos meilleurs esprits partent enseigner et chercher ailleurs, faute de reconnaissance et de moyens chez eux.
Dans ce contexte, entendre l'une des plus hautes autorités de l'État reléguer « la théorie » aux universités, comme on range un objet encombrant au grenier, envoie un signal désastreux. Aux étudiants, il dit que leurs études ne servent pas vraiment. Aux chercheurs, que leur expertise n'est pas attendue. Et à la diaspora intellectuelle, qu'il n'y a pas de place pour elle au pays.
Les pays qui se sont développés le plus rapidement au cours des dernières décennies n'ont pas choisi entre action et réflexion. Ils ont investi massivement dans l'éducation et la recherche, et ils ont associé leurs universitaires à la conception des politiques publiques.
Le vrai pragmatisme consiste à s'appuyer sur les meilleures connaissances disponibles pour décider, puis à évaluer honnêtement les résultats.
En cette semaine des prix Nobel, le contraste est saisissant. Ailleurs, on honore la pensée patiente qui finit par transformer le monde. Chez nous, on invite à la laisser au vestiaire.
Le Gabon n'a pas à choisir entre ses bâtisseurs et ses penseurs. Il a besoin des deux, et il a surtout besoin que ses dirigeants cessent d'opposer l'un à l'autre. Plutôt que « laissons la théorie des universités », disons plutôt : faisons entrer les universités dans la construction du pays.

Comments
Post a Comment