NOUS DONNONS NOTRE AVIS SUR LES ARGUMENTS DE L’ARTICLE DU COMPATRIOTE GUY NANG BEKALE: «OÙ EN EST L’OPPOSITION GABONAISE ?»





Dans un récent article, un compatriote, Guy Nang Bekale, analysait le parcours de l’opposition gabonaise et donnait son avis sur les choix et positionnement de cette dernière dans un Gabon dirigé par Ali Bongo en lieu et place de son père qui dirigea déjà pendant les 42 années précédentes. Ayant trouvé à cet article une certaine pertinence dans le contexte politique gabonais où le terre à terre est souvent la norme, notre modeste blog se propose de donner son avis à propos de divers énoncés de cet article. Nous ne reproduirons pas l’article en entier, mais seulement les portions auxquelles nous tenons à apporter nos sobres éléments d’analyse.

Dans son article, Guy Nang Bekale écrit :
Les allers-retours et les chassés croisés entre la Majorité et l’Opposition ont été encouragés et favorisés par les gouvernants. Ce phénomène a donné au milieu politique gabonais son caractère hétéroclite et sa configuration changeante, l’ensemble baignant dans une confusion et un flou artistiques indescriptibles. Depuis 1990, des leaders, des hommes et des femmes politiques n’arrêtent pas de passer de l’Opposition à la Majorité PDG et de la Majorité PDG à l’Opposition. Parmi ceux-ci, il y a pèle mêle : P. Mba Abessole, P. Kombila, P.C. Maganga Moussavou et Epouse, Oyono Aba’a, Nzoghe Nguema ; J.B. Ogouliguende, L.G. Mayila, Z. Myboto ; plus près de nous, C. Oye Mba, Eyeghe Ndong, P. Missambo, A Mba Obame etc. L’observation des comportements des uns et des autres montre que ce sont les démissionnaires ou les exclus qui sont les plus virulents contre leur camp d’origine. Les opposants qui avaient rejoint la Majorité après la Conférence Nationale ont été les principaux pourfendeurs de l’opposition. A l’inverse, les dissidents du PDG ont souvent été les plus critiques envers leurs anciens camarades.

Le Gabon Enervant analyse :
Les allers-retours de certains gabonais et non des moindre, entre pouvoir et opposition s’expliquent très facilement. La démocratie est censée être régie par des règles institutionnelles et non par des hommes. C’est cette impersonnalité qui enlève a priori aux bonnes et fonctionnelles démocraties, leurs caractères subjectifs et établissent des critères de roulement de pouvoir où seul celui qui est choisi par le peuple devient député, sénateur, président. Winston Churchill avait justement dit que «la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres ». C’est pourquoi depuis l’Antiquité, les peuples qui ne la possèdent pas, se battent avec courage et détermination pour l’instaurer chez eux. Les Tunisiens et les Égyptiens nous l’ont rappelé il n’y a pas très longtemps. Dans l’exercice quotidien de la démocratie comme elle se pratique dans les pays ouverts à celle-ci, les politiciens de tous bords peuvent rester fermes et déterminés à faire entendre leurs convictions et leurs valeurs et espérer convaincre le plus grand nombre que ces choix soient les meilleurs pour le pays. Ce n’est que grâce à un vigoureux débat d’idées, grâce à une confrontation d’arguments solides, que le peuple en démocratie fait véritablement ses choix et que les politiciens s’affrontent à armes presque égales pour accès aux fonctions électives. Dans un tel contexte, il s’agit pour la majorité, quelle qu’elle soit, d’exercer les responsabilités de gestion avec attention. Mais pour ce faire, cette majorité a impérativement besoin en face d’elle d’une opposition capable de contrer son action et aussi capable de lui succéder. Il s’en suit donc qu’en démocratie, l’opposition ne peut être « stérile », car elle doit user d’arguments construits et instruits et encore circonstanciés. Des arguments fondés opposés à d’autres arguments fondés. C’est ainsi que le débat s’élève et permet à tous les acteurs de la cité qui s’expriment sur la place publique de pouvoir s’enrichir. Par contre, au Gabon, depuis 1990, on a proclamé sinon autorisé le multipartisme, mais la démocratie elle manque toujours à l’appel. Le peuple ne se trompe pas, car il sait pertinemment que tout est verrouillé dans ce pays et que quels que soient les arguments de l’opposition, ceux-ci seront toujours jugés inutiles et « stériles », car n’ayant que très peu de chance de faire vaciller le pouvoir et provoquer un véritable changement. Dans ce contexte, si on ne peut changer les choses par son opposition politique, car les positions sont bétonnées en place avec la famille Bongo comme ayant droit au pouvoir et ce jusqu'à ce que mort s’en suive, beaucoup font le calcul de transfert de l’opposition au pouvoir quand le vent est favorable, puis l’inverse quand les choses se corsent. Mais ce qui pourrait définitivement régler ces va-et-vient et que beaucoup de gabonais aimeraient voir, c’est un changement de pourvoir qui présenterait aux gabonais l’évidence que l’accès à la présidence soit possible à l’opposition. Si cela devenait réalité, nous ne verrions plus des transfuges aller dans tous les sens et se positionner aussi proches que possible du pouvoir, car sachant que le pouvoir est une constante au Gabon, plus on en est proche, plus on compte dans ce pays.

Dans son article, Guy Nang Bekale écrit :
Ce mouvement de va-et-vient entre le PDG et l’Opposition a eu des conséquences multiples dans les deux camps. Il a eu pour effet d’affaiblir, à la fois les partis de l’Opposition et de la Majorité, de décrédibiliser certains leaders ou de leur imposer des vacances politiques plus ou moins longues, de jeter involontairement d’autres dans le camp adverse, de réduire l’opposition à un groupuscule et surtout de faire de l’Opposition une sorte de cadre de blanchiment politique des arrivants du côté du Pouvoir.

Le Gabon Enervant analyse :
La réalité est qu’au Gabon, on n’a pas besoin de passer dans l’opposition pour se blanchir politiquement. En 1990, en autorisant le multipartisme, Omar Bongo avait voulu se blanchir politiquement. En 2009 en arrivant avec son fameux « Gabon émergent », Ali Bongo se présentait comme pré-pubère politique. Il voulait faire oublier qu’il venait de passer 10 ans comme ministre de la défense et avant cela comme ministre des affaires étrangères etc. Non ce n’est pas forcement en passant dans l’opposition qu’on effectue des blanchiments politiques ; on le fait aussi en changeant simplement de slogan. Tous les 4 derniers ministres des finances du Gabon sont aujourd’hui des « émergents » aux côtés d’Ali Bongo : Blaise Louembe, Doupamby-Matoka, Emile Doumba et Paul Toungui. Qui peut nous dire que ces gens, tous du PDG, ont de nouvelles philosophies économiques ou de gestion ? Pourtant, ils disent tous que les choses ne sont plus comme avant et bla bla bla…

Dans son article, Guy Nang Bekale écrit :
Aujourd’hui, l’Opposition est formellement symbolisée par deux entités qui sont l’ACR et l’UN. Au sein de ces deux groupes, on trouve réunis les « traditionnels opposants » et « les nouveaux opposants » en provenance du PDG. Ce mélange des genres est l’une des principales causes de mésentente, de discorde, du manque de solidarité et de coordination que l’on constate dans cette Opposition rénovée qui pourra très difficilement bâtir une stratégie unifiée de prise démocratique du pouvoir. En effet, il sera compliqué de façonner une Opposition unie et soudée avec des Personnalités à l’égo très marqué, aux parcours et aux passés différenciés. Certaines de ces Personnalités ayant occupé d’importants et puissants postes gouvernementaux et/ou ayant participé directement ou indirectement aux maux subis par ceux qui se trouvaient déjà dans l’opposition et qui subissaient les affres du pouvoir politique que les premiers servaient. L’une des solutions, somme toute envisageable, pour tenter de reconstituer une Opposition gabonaise crédible, valable et robuste, consisterait à organiser des « Etats Généraux de l’Opposition » qui seront un Forum au cours duquel, un large débat direct et véridique serait engagé entre les opposants déclarés. Concernant les responsables politiques actuels des deux blocs de l’opposition en provenance du PDG, dont quelques uns il faut le reconnaitre, ont des qualités intrinsèques qui font d’eux de potentiels hommes d’Etat, notons que pour l’instant, nul ne peut préjuger de leur degré d’engagement et de conviction étant donnée leur courte et récente présence dans l’Opposition. Seul le temps, à l’épreuve des rudesses et des privations liées à la Condition d’Opposant en donnera le verdict.

Le Gabon Enervant analyse :
Le sempiternel argument de l’unité de l’opposition refait surface. Pour nous, c’est un faux argument, car on ne le retrouve que dans des pays en panne de démocratie. Nous avons fort à parier que même si L’ACR et l’UN faisaient l’unité, la donne sur le terrain resterait que le clan Bongo verrouille le pouvoir et le problème reste entier. En 1993, Paul Mba Abessole avait fait le plein des adhérents, gagné les élections, pourtant, Omar Bongo s’est déclaré vainqueur et a conservé le pouvoir. Nous savons que l’un des traits des grands hommes/femmes politiques est leur capacité à faire l’unité autour d’eux. Mais on ne doit pas s’attendre à l’unité de l’opposition, si les différents partis qui la constituent ont des vues diamétralement opposées les uns des autres. Il faut éviter de faire du messianisme politique en affirmant que l’union de l’opposition serait la délivrance du peuple. C’est trop facile et trop simpliste et donne l’impression d’émaner d’une paresse de réflexion. Les individus, même de qualité, ne doivent plus être les unités de mesure des partis politiques. Ces baromètres doivent être les idées fondamentales véhiculées par ces partis. Quand les idées priment, c’est celui qui en a les meilleures, l’emporte. Si la personnalité prenait toujours l’ascendant sur les idées en politique, Barack Obama n’aurait jamais battu Hilary Clinton pour la candidature du parti démocrate aux USA. Mais heureusement, les USA ne sont pas le Gabon où quelles que soient les circonstances, Ali Bongo devait succéder à son père, opposition unie ou non ! Se poser des questions comme « l’unité de l’opposition » au Gabon, c’est la preuve que l’on vit dans un monde de politique fiction chez nous. Tout est en trompe l’œil.

Dans son article, Guy Nang Bekale écrit :
Las de trahison, de lâchage et diminué par le poids du Temps qui passe et les années d’exil, de luttes vaines, d’énergie gâchée, d’efforts gaspillés, des victoires usurpées suivies par des instants de solitude nourris de colères refoulées, Pierre Mamboundou se trouve maintenant à un moment de la vie où tout Homme de plus d’un demi-siècle d’existence entre en lui-même pour contempler en silence les actes posés, le chemin parcouru, et puis, évaluer celui qui reste à faire et cogiter sur les décisions à prendre. Comme à priori, une alliance entre les membres de l’Opposition semble compliquée à cause de la configuration de celle-ci, il reste à l’UPG et à Pierre Mamboundou de choisir entre deux stratégiques qui doivent courageusement être portées à la connaissance des gabonais par tous les hommes de convictions, pour taire le verbiage et les poltronnes analyses journalistiques faites de subjectivisme et de couardise que nous lisons et entendons ici et là. Les choix stratégiques en question pour l’UPG et Mamboundou sont : - Soit de continuer à végéter dans l’Opposition en compagnie des partisans de toutes les catégories, dont ceux qui ont participé pendant des décennies à la « gestion » du Pays sans grands succès et préparer avec eux les législatives en vue et la présidentielle future. - Soit passer une alliance de gouvernement d’un type nouveau avec le tout jeune pouvoir sur la base des principes patriotiques, de considération mutuelle et de solidarité agissante. Alliance inédite mais compréhensible pouvant être justifiée devant le peuple gabonais. D’abord, à cause de l’abandon de leur camp par les ténors du PDG et leur positionnement dans l’opposition qui ont porté un coup au Pouvoir. Ensuite, Ali Bongo a hérité d’un système et d’un pays qu’il souhaite reformer. Cette réforme passe nécessairement et inéluctablement par l’ouverture aux autres. Cette ouverture ne peut se faire qu’en direction des forces politiques hors Majorité et de la Société civile. Le choix politique porterait sur l’ACR ou l’UN ou, l’ACR et l’UN.

Le Gabon Enervant analyse :
Notre compatriote Guy Nang Bekale, ici nous surprend totalement. Il souligne que Mamboundou a 2 choix : soit « végéter » dans l’opposition, soit établir avec le pouvoir un partenariat de type « nouveau ». Chers lecteurs, rien de bien original dans cette analyse, car d’autres ont fait exactement face aux mêmes choix par le passé et parfois essayé les 2 alternatives. Les résultats on les connait, nous n’y reviendrons pas. Ce qui est particulièrement préoccupant dans cette analyse est l’assertion qu’Ali Bongo veuille reformer le système politique gabonais. Nous voudrions avec insistance demander a notre compatriote Guy Nang Bekale de nous indiquer avec précision les exemples de reformes du système dont il parle, car nous ne les percevons absolument pas. Nous sommes certainement un peu obtus à la sophistication de ces reformes, car si notre compatriote affirme que celles-ci existent, c’est qu’elles doivent bien mûrir quelque part. Mais comme dirait l’autre, un mirage même s’il est établi issu de l’imaginaire, reste réel pour celui qui l’aperçoit. Pour nous, l’affirmation selon laquelle Ali Bongo soit en train de reformer le système politique au Gabon dénote d’une certaine escroquerie morale, car toutes les unités de mesure de la situation au Gabon ne nous mènent aucunement à cette conclusion.

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