DO WE ONLY KNOW WHAT DEVELOPMENT IS? SAVONS NOUS SEULEMENT CE QU’EST LE DÉVELOPPEMENT ?





English version 


For many Gabonese, the handful of buildings rising at La Baie des Rois, Cité Émeraude and elsewhere are a sign that the country is developing. Unfortunately, they are mistaken. Development is something else entirely.


Dear readers, showcase buildings mostly measure how much capital is concentrated in a few hands, and they represent only a handful of projects, not an improvement in the living conditions of the majority.


A glass tower tells us that an investor found money and a plot of land. It says nothing about the mother waiting for water to come out of the tap, the pupil squeezed three to a bench, or the sick person going from pharmacy to pharmacy. Mistaking concrete for progress is like gazing into a shop window at overpriced jewellery you will never be able to afford.


Development is measured by what people are able to do with their lives, not by the height of buildings. The economist Amartya Sen defines it as the expansion of real freedoms: the freedom to get medical care, to get an education, to find a job, to travel, and to take part in the life of one's country.


It was in this spirit that the UNDP created the Human Development Index. It combines life expectancy, education and income. None of these measures counts floors.


Gabon is a rich country inhabited by many poor people. Thanks to oil, manganese and timber, its income per capita is among the highest in sub-Saharan Africa, and the World Bank classifies it as a middle-income country.


Yet, according to estimates from that same World Bank, about a third of Gabonese live below the poverty line. Unemployment hits young people hard. The wealth exists; what is lacking is its distribution. If anything, prestige buildings are a symptom of this, not proof of the opposite.


If we want to know where the country really stands, we have to look at ordinary life. Power cuts and water outages set the rhythm of daily life in many Libreville neighbourhoods. Roads in the interior often remain impassable in the rainy season.


In hospitals, patients sometimes have to buy their own gloves and medicines.


In public schools, classrooms are overflowing.


These are the indicators that matter to Gabonese people, and no seafront building improves them.


The real question is not "how many floors?" but "for whom?" Who can afford an apartment at La Baie des Rois? Who financed these projects, and on what terms? Who profits from them?


If the answer is a small minority, these towers measure the gap between Gabonese citizens more than they measure Gabon's progress.


Development worthy of the name can be seen in working-class neighbourhoods, not just on postcards.


This blog is not rejecting all construction. A country needs housing, offices and modern infrastructure. But priorities matter.


A reliable power plant, an extended water network, a road linking the provinces or a well-equipped hospital changes the lives of thousands of people. These are the projects that support the real economy and lift people up.


The day Gabon is developed, we will not see it first in its skyline. We will see it in lights that stay on, water that flows, children who learn in decent conditions, and young graduates who find work at home.


Let us admire the buildings if we wish. But above all, let us demand what truly moves a country forward: public services that work for everyone.




Version française 


Pour un bon nombre de Gabonais, les quelques immeubles qui s’élèvent à La Baie des Rois, à la Cité Émeraude etc., sont le signe que le pays se développe. Ils font malheureusement erreur. Le développement c’est autre chose.


Chers lecteurs, des immeubles vitrines mesurent surtout la concentration de capital dans quelques mains et ne représentent que quelques projets; pas l'amélioration des conditions de vie du plus grand nombre. 


Une tour de verre dit qu'un investisseur a trouvé de l'argent et un terrain. Elle ne dit rien de la mère de famille qui attend l'eau au robinet, de l'élève assis à trois sur un banc, ni du malade qui fait le tour des pharmacies. Confondre le béton et le progrès, c'est regarder la vitrine en regardant les bijoux hors de prix que l’on ne pourra jamais s’offrir.


Le développement se mesure à ce que les gens peuvent faire de leur vie, pas à la hauteur des bâtiments. L'économiste Amartya Sen le définit comme l'élargissement des libertés réelles : se soigner, s'instruire, trouver un emploi, se déplacer, participer à la vie de son pays.


C'est dans cet esprit que le PNUD a créé l'Indice de développement humain. Il combine l'espérance de vie, le niveau d'instruction et le revenu. Aucune de ces mesures ne compte les étages.


Le Gabon est un pays riche peuplé de beaucoup de pauvres. Grâce au pétrole, au manganèse et au bois, son revenu par habitant compte parmi les plus élevés d'Afrique subsaharienne, et la Banque mondiale le classe dans les pays à revenu intermédiaire.


Pourtant, selon les estimations de cette même Banque mondiale, environ un tiers des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté. Le chômage frappe durement les jeunes. La richesse existe ; c'est sa répartition qui fait défaut. Les immeubles de prestige en sont plutôt le symptôme que la preuve du contraire.


Si l'on veut savoir où en est le pays, il faut regarder la vie ordinaire. Les délestages et les coupures d'eau rythment les journées dans de nombreux quartiers de Libreville. Les routes de l'intérieur restent souvent impraticables à la saison des pluies.


Dans les hôpitaux, les patients doivent parfois acheter eux-mêmes gants et médicaments. 


Dans les écoles publiques, les classes débordent. 


Voilà les indicateurs qui parlent aux Gabonais, et aucun immeuble du front de mer ne les améliore.


La vraie question n'est pas combien d'étages ? mais pour qui ? Qui peut se payer un appartement à la Baie des Rois ? Qui a financé ces projets, et à quelles conditions ? Qui en tire profit ?


Si la réponse est une petite minorité, ces tours mesurent l'écart entre les Gabonais plus qu'elles ne mesurent le progrès du Gabon. 


Un développement digne de ce nom se voit dans les quartiers populaires, pas seulement sur les cartes postales.


Il ne s'agit pas pour ce blog, de rejeter toute construction. Un pays a besoin de logements, de bureaux et d'infrastructures modernes. Mais les priorités comptent.


Une centrale électrique fiable, un réseau d'eau étendu, une route qui relie les provinces ou un hôpital équipé changent la vie de milliers de personnes. Ce sont ces ouvrages-là qui soutiennent l'économie réelle et élèvent le peuple.


Le jour où le Gabon sera développé, on ne le verra pas d'abord dans sa skyline. On le verra dans la lumière qui reste allumée, l'eau qui coule, l'enfant qui apprend dans de bonnes conditions et le jeune diplômé qui trouve du travail chez lui.


Admirons les immeubles si l'on veut. Mais exigeons surtout ce qui fait vraiment avancer un pays : des services publics qui fonctionnent pour tous.

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