HYPOCRISIE BONGOÏSTE : LA CANONISATION « ÉMERGENTE » DE JEAN MARC EKOH





Ils sont quand même amusant, les bongoïstes. Apres avoir persécuté et emprisonné quelqu’un pendant qu’il était jeune et valide, c’est quand il atteint 82 ans d’âge que subitement, les bongoïstes se rappellent que cet homme pourrait être un trésor national. Cet homme c’est Jean-Marc Ekoh, que les Gabonais ont put écouter ce Samedi lors du lancement de la caravane du cinquantenaire de l’indépendance du Gabon. Aujourd’hui les bongoïstes citent à qui mieux-mieux, la sagesse de Mr Ekoh. Oh que d’hypocrisie ; ils veulent récupérer à leur compte l’expérience historique de J.M. Ekoh. Où étaient-ils quand ce dernier subissait les sévices les plus cruels dans les prisons bongoïstes ?

Voici ce qu’Odile Tobner, la veuve de Mongo-Béti, couple ami de longue date de Jean-Marc Ekoh, écrivait en 1982, alors que Mr Ekoh avait été emprisonné par Bongo, dans la foulée des évènements de la gare routière : « Si Thieuloy était allé faire un tour au Gabon, il aurait pu constater que, certes, des Africains ne pensent qu'à singer les capitalistes blancs qui débarquent chez eux pour faire de bonnes affaires. Mais ceux, parmi les Africains, qui sont plus aptes à la pensée qu'à la singerie sont emprisonnés. Ainsi Jean-Marc Ekoh vit-il depuis plusieurs mois le calvaire d'une incarcération qui suscite les plus vives inquiétudes quant à sa survie. L'importante colonie française qui vit au Gabon et entretient les meilleurs rapports avec les tortionnaires de Jean-Marc Ekoh n'offre pas le meilleur exemple de la délicatesse morale procurée par la civilisation. Il est vrai que la civilisation a plus besoin de pétrole que de délicatesse morale. »

Ci-dessous est le texte qu’écrivit M.F. JANOT, publie dans « Peuples Noirs Peuples Africains no. 27 (1982) 29-33 ». Ce texte clouera le bec à tous les obséquieux et révisionnistes bongoïstes, qui veulent aujourd’hui faire croire qu’ils peuvent faire oublier les souffrances qu’a connues Jean-Marc Ekoh, aux mains de Bongo. Ce texte vous permettra aussi avec le recul, de constater que pas grand-chose a change au Gabon en ce qui concerne la répression et le contrôle bongoïste du pays.


DEMOCRATIE A LA GABONAISE

Dans des articles parus dans « Le Monde » en janvier et février 81, M. Philippe Decraene parlait du Gabon non seulement comme d'un îlot de prospérité, mais encore comme d'un îlot de démocratie. Cela parce que, dans ce pays qui vit sous le régime du P.D.G. (Parti Démocratique Gabonais, parti unique comme il se doit), dans ce pays où les informations radiodiffusées commencent et se terminent par une pensée extraite du petit livre vert du Président Bongo, et mise en musique – l'effet psychologique est encore bien plus efficace ainsi – dans ce pays qui pratique la censure, y compris contre le journal « Le Monde » et se permet d'expulser les journalistes étrangers quand bon lui semble, dans ce pays qui avait trouvé le « système D » contre les opposants ou les gêneurs (l'élimination physique, c'est propre, c'est simple, sans bavure : quelques cadavres inexpliqués retrouvés ici ou là, c'est un pur hasard; pas de quoi ameuter « Amnesty International », tout au plus quelques colonnes dans « Le Canard Enchaîné » et quelques allusions dans « Le Monde ») dans ce pays donc où règnent l'oppression et la répression, il y a un quotidien, « l'Union », où l'homme de la rue, sous le pseudonyme de Makaya, se permet [PAGE 30] un regard naïvement critique sur la société et les mœurs gabonaises.
Il y a! Non, il y avait! Car depuis mars 82, M. Samuel Nguema Mba, directeur de ce quotidien, a été arrêté, détenu, soumis à des « sévices » et des « brimades » comme dit pudiquement « Le Monde ». Il n'était pourtant pas bien méchant, Makaya, et se gardait bien prudemment de porter son regard sur les questions politiques et les hommes de l'entourage du Président Bongo. Non, il parlait des difficultés qu'il avait, par exemple, pour payer un achat avec un chèque, des heures perdues en attente vaine devant des bureaux vides, des difficultés à trouver un taxi pour rentrer chez lui, au quartier « Toulon », loin du centre ville, bref, des mille et une tracasseries que connaît le Gabonais peu fortuné au cours d'une journée ordinaire. Mais sans doute était-ce déjà plus que ce que la démocratie à la Bongo pouvait supporter.
François Ondo Edou, rédacteur en chef à la radio nationale gabonaise, et Jean Baptiste Asse Bekale, journaliste à la radio Africa no 1, se sont permis sans doute aussi quelques réflexions trop personnelles dans les quelques minutes qui leur étaient laissées entre les extraits du petit livre vert du Président et l'interminable lecture des communiqués personnels. Ils ont connu le même sort que le directeur de « l'Union ».
Mais depuis ces arrestations, M. Decraene s'est abstenu de parler du Gabon dans le journal « Le Monde ». Ces journalistes ne sont pas les seuls à connaître l'emprisonnement. Il faut croire que les opposants sont devenus plus nombreux et plus entreprenants, ces derniers temps, au Gabon. Deux cents cadavres, cela aurait été un peu dur à faire passer au niveau de l'opinion, tant intérieure qu'extérieure. Il a fallu avoir recours aux méthodes classiques; fermeture de l'Université pendant plus d'un mois, chasse aux meneurs, arrestations en série, sévices.
Il a fait un bon choix, le Président Bongo ! car qui en parle, de ces emprisonnés du Gabon ? Ni M. Cheysson, Ministre des Affaires Etrangères, ni M. J.P. Cot, Ministre de la Coopération, ni la télévision de M. Fillioud, ni la Presse (après quelques lignes dans « Le Monde » du 7.04.82, quelques autres dans « Le Canard Enchaîné », l'oubli total). Il est vrai que deux cents emprisonnés au Gabon, [PAGE 31] par rapport à deux mille ou quatre mille Polonais, il n'y a pas là de quoi faire un drame. Seulement, au Gabon, il n'y a que sept cent à huit cent mille habitants; en Pologne, il y en a trente cinq millions; alors, si Makaya pouvait encore parler, peut-être trouverait-il que la répression au Gabon est au moins aussi grave qu'en Pologne.
Monsieur le Président Mitterrand évite le Gabon au cours de son premier périple en Afrique noire. Faut-il voir là un désavœu des pratiques du Président Bongo, de sa clique de « conseillers » français parmi lesquels figuraient encore il n'y a pas si longtemps M. Debizet, Président du S.A.C., et autres hommes mis en place par Foccart, de sa horde de « valets » gabonais, anciens étudiants socialisants qui se sont ralliés sans aucun problème de conscience au chef, Suprême du Parti Démocratique Gabonais à leur retour au pays ? N'aurait-il pas été préférable que ce désaveu soit officiel, et expliqué ? Mais on dit que le Gouvernent français se serait engagé à veiller à ce que M. Bongo ne soit pas trop « sali », après que celui-ci se soit ému des articles de presse le compromettant dans l'affaire de l'assassinat du peintre Robert Luong, affaire qui est d'ailleurs retombée dans l'oubli.
Un mouvement contestataire
Oui, il a fait un bon choix, M. le Président Bongo. Le Ministre de la Justice du Gabon recevra quelques lettres de militants d'Amnesty International, qu'il mettra au panier, et ces deux cents personnes emprisonnées ne créeront pas beaucoup de remue-ménage.
Mais au fait, qu'ont-ils fait, ces meneurs dangereux pour le régime de Bongo ? S'appuyant sur un mécontentement populaire de plus en plus grand, ils se sont rassemblés en un mouvement dit de Redressement National (MORENA); ils ont réussi à faire circuler des tracts à Libreville, demandant l'abolition du régime de parti unique, accusant le régime d'avoir laissé piller le pays, et demandant le départ du Président Bongo. Une première distribution de tracts avait déjà déclenché plusieurs arrestations début décembre 81, et provoqué la fermeture de l'université jusqu'au 15 janvier 82. Cela n'a pas suffi à « casser » le mouvement contestataire puisque [PAGE 32] des arrestations plus nombreuses et plus brutales ont ou lieu en mars-avril 82.
Ce mouvement contestataire existe en fait depuis fort longtemps au Gabon. A preuve, l'arrestation de Jean Marc Ekoh, emprisonné pour la troisième fois depuis 1964, Ministre d'un Gouvernement issu d'élections légales et renversé quelques jours après par une intervention de parachutistes français, il fut accusé de complot contre le Président déchu, Léon Mba, et emprisonné avec Jean Hilaire Obame et autres soi-disant « comploteurs ». M. Léon Mba retrouva sa place de Président et M. Ekoh pourrit pendant sept ans en prison. Sorti de prison, il n'eut pas le bon goût de faire son auto-critique et d'accepter la clémence du Président Bongo, qui avait entre-temps succédé à Léon Mba, et qui lui proposait un poste dans un Ministère! Il reprit simplement son travail d'instituteur dans l'enseignement privé protestant, et ne changea pas d'idées. Comme il avait refusé de cautionner la politique de Léon Mba, il refusa de cautionner celle de Bongo qui en était le fidèle prolongement. Une affaire montée de toutes pièces permit de le remettre en prison où il resta à nouveau trois ans.
Il est maintenant incarcéré pour la troisième fois. Son seul crime : après son second séjour en prison, il persistait toujours dans ses opinions et ne faisait pas « amende honorable » devant le Président Bongo. Cela pourtant lui aurait rapporté beaucoup d'argent et d'honneurs. Mais il avait un autre sens de l'honneur et préféra nourrir sa famille avec sa maigre solde d'instituteur. Il faut croire que M. Bongo a des leçons à prendre en matière de rééducation; pour perfectionner ses méthodes et supprimer les « récidivistes » – ces gens-là posent toujours des problèmes à un gouvernement totalitaire – on pourrait lui conseiller un stage dans certains pays dont il prétend pourtant ne pas être l'ami. Il y a des prisons dont on ne sort que mort ou soumis. Jean Marc Ekoh, malgré dix années passées en prison, ne s'est jamais soumis. Cela, M. Bongo ne peut le supporter.
J'ai séjourné au Gabon à une époque où Jean Marc Ekoh était en « liberté »; enfin, il n'était pas en prison, mais ses moindres déplacements étaient surveillés, ainsi que ses fréquentations. Les anciens étudiants gabonais que j'avais connus en France, devenus « cadres » au Gabon, [PAGE 33] qui le recevaient chez eux tant qu'ils étaient à l'étranger, qui buvaient ses paroles, semblaient le reconnaître comme un guide et acquiesçaient à tous ses propos, m'ont fait comprendre au Gabon qu'il n'était pas à fréquenter. Il est vrai que ces anciens étudiants en mal de révolution hantent maintenant la Présidence de la République, les Ministères, ont accédé à de hautes responsabilités; bref ils sont devenus ces « valets » qu'ils méprisaient tant qu'ils étaient à l'étranger, mis à part quelques-uns qui, comme Michel Owono, ingénieur des mines, partagent en prison le triste sort de Jean Marc Ekoh.
Nous demandons à tous les lecteurs de cet article d'écrire pour demander da libération immédiate de :
Jean Marc EKOH
Michel OWONO
François ONDO-EDOU
et de tous les autres prisonniers politiques au Gabon.
Les lettres doivent être adressées à :
Monsieur E.A. MBOUY-BOUTZIT,
Ministre de la Justice,
B.P. 496
Libreville - GABON

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