QUELLE PRESSE AU GABON ?




Ce jour, Laure Olga Ngondjout faisait une visite littéralement du propriétaire dans la plupart des sièges des organes de presse audiovisuelle et d'imprimerie gabonais. Dans une interview, elle s’est déclarée satisfaite de la presse gabonaise. Devant de telles inepties, il devient nécessaire de revenir sur la question de la liberté de la presse au Gabon, de verser quelques larmes sur les éditions censurées ou carrément écrasées, sous le joug des décisions arbitraires de Ngondjout, du CNC, ou de la RTG1 et 2 etc., dont les mâchoires sont toujours plus agressives dès qu’il s’agisse de défense les intérêts du pouvoir Bongo au mépris même de la notion fondamentale d’informer, ou encore des apparences. Cette semaine, le monde de la presse gabonais célèbre, en différé, la journée mondiale de la liberté de la presse, et notre chère Laure Ngondjout n’hésite pas à sortir des énormités qu’elle sait fausses, faisant croire que le Gabon ait un semblant de presse libre.



1. De quoi ont peur les tenants de l’ordre actuel ?
Il est difficile de vouloir faire tenir en équilibre, à la fois, de donner l’impression d’une transition démocratique faite d’ouverture et de liberté d’expression ; et de fouetter toute âme téméraire qui irait croire que cette prétendue liberté soit réelle. Laure Ngoudjout joue avec un rare zèle, son rôle de cerbère du bongoïsme. Depuis la période pré-électorale en 2009, il y a eu le limogeage de l’ancien directeur de l’Agence Gabonaise de Presse (AGP), François Essono Obiang, démis de ses fonctions par conseil des ministres sous le motif qu’il refusa d’exécuter un ordre verbal de Ngondjout qui lui demandait de virer le journaliste Isaac Mackanga. De quoi était coupable monsieur Makanga ? Mais tout simplement d’avoir transmis par mail à des connaissances, des messages critiquant le PDG. Crime de lèse majesté. Il y a eu le cas de TvPlus qui a été fermée, puis mitraillée, avant de se faire enlever sa couverture satellitaire, au motif d’avoir fait passer une interview d’Omar Bongo qui disait que le Gabon n’était pas une monarchie. Il y a eu la fermeture de la TV de Ndao à Port Gentil. Il y a eu l’interdiction d’entrée au Gabon des journalistes de l’Express qui voulaient couvrir la campagne. Il y a eu les menaces contre l’équipe d’Afrique 24 qui dû abréger son séjour au Gabon et quitter le pays manu militari. Il ya surtout eu le black out total sur les crimes de Port Gentil, dont au jour d’aujourd’hui, seul un journaliste de L’Union a eu le courage d’en dire quelques vérités qui furent aussitôt réprimées par l’intimidation militaro judiciaire. Il y a eu des condamnations et des amendes astronomiques assenées à des journaux, de saisies de revues, des fermetures de journaux et autres jugements arbitraires qui témoignent de la détermination des services de Ngondjout à lutter avec férocité contre les tribunes d’opinion libre. S’il n’y avait pas des êtres humains comme victimes d’une Ngondjout plus royaliste que le roi, qui fait du ridicule sa foi inébranlable, sans se soucier de l’importance de la mission journalistique, on pourrait presque se marrer de cette caricature de totalitarisme tropical. Le pouvoir a peur du fait qu’il nage à contre-courant du progrès réel de notre société, et qu’il s’attache à ses privilèges comme des droits acquis. Ce pouvoir a peur du travail de conscience que pourrait faire une vraie presse d’opinion. Le commerçant libanais qui étale des produits avariés car se sachant intouchable à cause de ses liens avec le pouvoir ; l’industriel qui irradie et met en danger la santé de la population en toute impunité, les fabricants de biens de consommation qui ne respectent pas les normes de qualité et qui déversent sur le marché des produits nocifs ; les responsables qui perpétuent des pratiques illégales et obsolètes dans l’administration publique ; les raquetteurs de tous poils qui profitent de l’état de corruption de nos administrations ; les adeptes d’évasion fiscale; les prestataires de services ; les bénéficiaires de contrats publics qui ne livrent pas les travaux requis ou les biens et équipements commandés ; les fraudeurs de toute nature etc., sont autant de catégories de personnes, généralement membres des cercles de pouvoir, qui ont de bonnes raisons de ne pas vouloir d’une presse d’opinion libre, indépendante et crédible.

2. Pourquoi faut-il une presse d’opinion au Gabon au lieu de la racaille bongoïste actuelle ?
La vérité reste qu’au Gabon, de manière générale, entendre l’opinion de l’autre ne fait malheureusement pas encore partie de la tradition politique dans notre pays. Il reste indubitable que malencontreusement, le pouvoir a peur de l’opinion des citoyens. Cette peur commence du fait même du refus de ce pouvoir de laisser s’assumer la plénitude du droit de vote, de l’expression du suffrage. Donc étant donné cette réalité politique où on ne laisse pas à la grande majorité des citoyens le choix de se faire en toute autonomie et liberté, sa propre opinion des choses, d’une part, et la mauvaise tendance alimentée par les tares du pouvoir autoritaire gabonais, faisant que les citoyens soient des assistés en tout, même en opinions ; très peu de personnes, finalement, s’aventurent à user de leur libre arbitre dans notre pays pour s’exprimer sur les questions de l’état. Dans un tel climat d’intimidation et de muselage, la presse devrait se voir quasiment contrainte de se substituer aux citoyens et de s’exprimer à leur place. Dans un pays à très longue tradition de brimades des libertés publiques, la presse doit jouer un rôle d’avant-garde pour faire face aux représailles du pouvoir politique, et en assumant une posture allant inexorablement à contre-courant de la tradition du silence imposée. Ce n’est qu’à ce prix qu’on pourra mettre à nu les principaux problèmes et aspects qui nuisent au développement de notre pays et à la modernisation de ses mœurs politiques. Il faut braver la censure de fait, et les menaces de toutes sortes de l’autoritarisme d’un présidentialisme prédateur et omniprésent, pour permettre au citoyen gabonais de se faire sa propre idée sur les véritables états de faits de son entourage sociopolitique.

En dépit des enfantillages de Ngondjout, les journalistes n’ont jamais eu la partie belle au Gabon. Ils n’étaient pas libres hier et ne le sont pas aujourd’hui. Le travail de la presse au Gabon, a toujours été fait de risques, de bastonnades, d’arrestations, d’emprisonnement, d’exil et d’assassinats (Sam Mve Ondo). Au Gabon, la presse est contrainte au marronage avec le régime qui l’utilise pour faire passer ses messages. Aujourd’hui, pour lire une presse d’opinion sur le Gabon, il est difficile de la trouver implantée sur le terroir. Il y a quelques exceptions comme « Misamu » qui se bat depuis des longtemps, et quelques autres. Mais en général, cette presse rase plutôt les murs à cause de la répression. Une presse d’opinion forte au Gabon est essentielle, car au Gabon, le monde intellectuel ou plutôt « instruit » on devrait dire, se résume en une poignée de citoyens qui ont eu la chance d’aller à l’école, terminer le cycle universitaire ; et que la majorité des citoyens est constituée de personnes sous instruites. Moins de 5% de la population a un diplôme universitaire, malgré un de taux d’alphabétisation fantaisiste de plus de 80%. Quand en plus, cette population est volontairement exposée à la manipulation politique, et que la trop restreinte classe intellectuelle refuse de s’assumer par peur chronique ; la presse d’opinion devient le dernier recours de la société pour avoir l’éclairage nécessaire permettant de voir clair et de chercher sa voie. D’où la nécessité que la presse d’opinion soit une presse libre, honnête, au-dessus des tiraillements et des manipulations de toutes sortes.

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