MANUAL VALLS EXPLAINS FRANCE TO HIS SPANISH COMPATRIOTS! MANUAL VALLS EXPLIQUE LA FRANCE À SES COMPATRIOTES ESPAGNOLS!







English version 


A French Team Without French People?


I know Mariano Rajoy. I have sat across from him, as a European, as a head of government. That is why his words do not merely anger me; they sadden me. I did not think him capable of it.


Regarding the French national team, Mariano Rajoy wrote: "They are at a very high level, having said that, without French people." This is not a witticism; it is an admission. Because what he thinks he fails to see in this team are not nationalities. They are skin colors. So, to him, a Black person cannot be French. That is simply called racism. And what ignorance of our history—sometimes turbulent but rich in its diversity and linked to a former colonial empire across five continents.


I can tell him this better than anyone. I was born in Barcelona, to Spanish parents, and naturalized at twenty years old. I do not have a drop of French blood, but France flows through my veins. These words are not mine. They belong to Romain Gary—a Jew born in Vilnius, Lithuania, a great writer, diplomat, Free France fighter alongside General de Gaulle, and a child that Nice embraced as its own. They could be mine. Because one is not always born French; one becomes it. Through language, through common law, through the flag, through a culture and a history, through an oath that we uphold every day.


Let him look closer at this team he claims is "without French people." Of the twenty-six players assembled by Didier Deschamps, only three were born outside our borders. Marcus Thuram was born in Parma, because his father was playing there at the time. That father is Lilian Thuram, a 1998 World Champion, one of the greatest defenders in football history, and a man who later wore the FC Barcelona jersey. 


The man Mariano Rajoy takes for a foreigner is therefore the son of a player that Catalonia applauded and claimed as its own. Michael Olise, born in London, is the son of a French mother. Brice Samba, the son of Congolese parents, arrived as a child and grew up among us, like so many others before him—athletes, writers, politicians, or workers. Three distant births, three histories, and each is already a French history.


But the most troubling part lies elsewhere. Let Mariano Rajoy look at his own national team. 


Lamine Yamal, this prodigy of whom all of Spain is so proud, is the son of a Moroccan father and a mother from Equatorial Guinea. Nico Williams, born in Pamplona, is the child of Ghanaian immigrants who crossed the desert to reach Europe. Better yet, its defense features Aymeric Laporte, born in Agen, a former captain of the French Under-21 team before choosing La Roja. In the team that Mariano Rajoy defends, there is, quite literally, a Frenchman. Following his logic, there would be no Spaniards either. In believing he is insulting Les Bleus, it is primarily his own people he is insulting.


On July 14th, I will be in Nice. It will be exactly ten years to the day since a truck driven at full speed mowed down eighty-six lives on the Promenade des Anglais. It was the evening of our national holiday. The crowd was full of everyday, joyful people who had come to watch the sky light up. Families of all origins, all colors, and all beliefs, gathered because they shared a piece of France.


Those who fell that night were, for the most part, French. Just like the players who will step onto the pitch on Tuesday. No more, no less.


That is what Mariano Rajoy should reflect on before writing that a French team could be "without French people." France is not a skin color or a surname. It is what those victims embodied even in death, and what those eleven players will carry on their jerseys.


A nation that does not ask where you come from, but what you are willing to share.

That is France. And nothing and no one will make her give up what she is.




Version française 


Une équipe de France sans Français ?


Je connais Mariano Rajoy. J’ai siégé face à lui, en Européen, en chef de gouvernement. C’est pourquoi ses mots ne me mettent pas seulement en colère, ils me peinent. Je ne l’en croyais pas capable.


À propos de l’équipe de France, Mariano Rajoy a écrit : « Elle a un très haut niveau, cela dit,

sans Français. » Ce n’est pas un trait d’esprit, c’est un aveu. Car ce qu’il croit ne pas voir dans

cette équipe, ce ne sont pas des nationalités. Ce sont des couleurs de peau. Donc, pour lui, un

Noir ne peut pas être français. Cela s’appelle simplement du racisme. Et quelle méconnaissance de notre histoire, parfois tourmentée mais riche de sa diversité et liée à un ancien empire colonial sur cinq continents.


Je peux le lui dire mieux que quiconque. Je suis né à Barcelone, de parents espagnols, et

naturalisé à vingt ans. Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes

veines. Ces mots ne sont pas de moi. Ils sont de Romain Gary — juif né à Vilnius, en Lituanie,

grand écrivain, diplomate, combattant de la France libre auprès du général de Gaulle, et enfant que Nice a fait sien. Ils pourraient être les miens. Car on ne naît pas toujours français, on le devient. Par la langue, par la loi commune, par le drapeau, par une culture et une histoire, par un serment que l’on tient chaque jour.


Qu’il regarde donc de plus près cette équipe qu’il dit « sans Français ». Sur les vingt-six joueurs réunis par Didier Deschamps, trois seulement sont nés hors de nos frontières.

Marcus Thuram est né à Parme, parce que son père y jouait alors. Ce père, c’est Lilian Thuram, champion du monde 1998, l’un des plus grands défenseurs de l’histoire du football, et un homme qui a porté ensuite le maillot du FC Barcelone. Celui que Mariano Rajoy prend pour un étranger est donc le fils d’un joueur que la Catalogne a applaudi et fait sien. Michael Olise, né à Londres, est le fils d’une mère française. Brice Samba, fils de Congolais, est arrivé enfant et a grandi parmi nous, comme tant d’autres avant lui, sportifs, écrivains, politiques ou travailleurs. Trois naissances lointaines, trois histoires, et chacune est déjà une histoire française.


Mais le plus troublant est ailleurs. Que Mariano Rajoy regarde sa propre sélection. Lamine Yamal, ce prodige dont l’Espagne entière est si fière, est le fils d’un père marocain et d’une mère de Guinée équatoriale. Nico Williams, né à Pampelune, est l’enfant d’immigrés ghanéens qui ont traversé le désert pour rejoindre l’Europe. Mieux encore, dans sa défense figure Aymeric Laporte, né à Agen, capitaine de l’équipe de France Espoirs avant de choisir la Roja.

Dans la sélection que défend Mariano Rajoy, il y a, littéralement, un Français. À suivre son raisonnement, il n’y aurait pas non plus d’Espagnols. En croyant insulter les Bleus, c’est d’abord les siens qu’il insulte.


Le 14 juillet, je serai à Nice. Il y aura dix ans, jour pour jour, qu’un camion lancé à pleine vitesse a fauché quatre-vingt-six vies sur la Promenade des Anglais. C’était un soir de fête nationale. La foule était populaire et joyeuse, venue pour regarder le ciel s’illuminer. Des familles de toutes origines, de toutes couleurs, de toutes croyances, rassemblées parce qu’elles avaient la France en partage.


Celles et ceux qui sont tombés ce soir-là étaient pour la plupart des Français. Comme les joueurs qui fouleront la pelouse mardi. Ni plus, ni moins.


Voilà ce que Mariano Rajoy devrait méditer avant d’écrire qu’une équipe de France pourrait être « sans Français ». La France n’est pas une couleur de peau ni un nom de famille. Elle est ce que ces victimes incarnaient jusque dans la mort, et ce que ces onze joueurs porteront sur leur maillot.


Une nation qui ne demande pas d’où l’on vient, mais ce que l’on est prêt à partager.


C’est cela, la France. Et rien ni personne ne la fera renoncer à ce qu’elle est.

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