THE DIGNITAS ASSOCIATION PROTESTS AGAINST THE HARASSMENT OF PAULETTE OYANE ONDO BY THE REGIME. L’ASSOCIATION DIGNITAS S’INSURGE CONTRE LE HARCÈLEMENT QUE LE POUVOIR EXERCE SUR PAULETTE OYANE ONDO


Paulette Oyane Ondo (photo: Jeune Afrique)



English Version

For several weeks the Bongo regime has been suffering the throes of its own bad governance and illegitimacy. Not knowing how to deal with the situation, the regime is reduced to react in the most stereotypical manner; that is to say by stalking and threatening figures of opposition to the Ali Bongo’s regime. It is a real climate of harassment that is prevailing in Gabon these days in circles of opposition, journalism and free civil society. Taking turn, politicians, journalists, students, and now Barrister Paulette Oyane Ondo who fights for the establishment of the rule of law in Gabon, have been summoned to the Office of Counter-intelligence (B2). The message is clear: shut up, otherwise grrrrrrrrrrrr!

In a country where justice is not independent, in a country where judges and magistrates understand very well what the regime expects of them, citizens must mobilize to become the shields of the defenders of freedom. To count on the Gabonese justice system would be a waste of time, because most judges are not going to risk losing their jobs. It is this citizen work that Dignitas association has done by publishing an indictment against the harassment of Paulette Oyane Ondo. We have re-printed the full indictment bellow (in the French section).



Version française

Depuis plusieurs semaines, le régime Ali Bongo subit les soubresauts de sa propre mal-gouvernance et illégitimité. Ne sachant comment faire face à la situation, le régime se réduit à réagir de la manière la plus stéréotypée qui soit ; c'est-à-dire en procédant à la traque et en menaçant des figures de la contestation au régime Ali Bongo. C'est un véritable climat de harcèlement qui prévaut au Gabon aujourd’hui dans les milieux d'opposition, du journalisme et de la société civile libre. Tour à tour, des hommes politiques, des journalistes, des étudiants et maintenant Maitre Paulette Oyane Ondo qui se bat pour l’instauration de l’Etat de droit au Gabon, ont été convoqués par le Bureau des Contre-ingérences (B2). Le message est clair : taisez-vous, sinon grrrrrrrrrrrr !

Dans un pays où la justice n'est pas indépendante, dans un pays où les juges et magistrats comprennent très bien ce que le pouvoir attend d'eux, les citoyens doivent se mobiliser pour devenir les boucliers des défenseurs de la liberté. Se remettre à la justice est une pure perte de temps, car la plupart des magistrats ne vont pas se risquer de perdre leur emploi. C’est ce travail citoyen que fait l’association Dignitas qui a rendue public un réquisitoire contre le harcèlement dont est victime Maitre Paulette Oyane Ondo. Nous vous en livrons l’intégralité ci-dessous.




LE COUP DE GUEULE DE L’ASSOCIATION DIGNITAS

Maître Paulette Oyane-Ondo longtemps menacée de mort : le B2 passe à la phase décisive par une tentative d’enlèvement

Après la nouvelle de sa tentative d’empoisonnement par un membre du clan des Bongo, la nouvelle de la tentative d’enlèvement de Maître Paulette Oyane-Ondo par deux individus aux allures de tortionnaires qui refusaient de présenter leurs cartes professionnelles une fois le viol de son espace de travail accompli, nous est parvenu fort hier, en soirée. Aussitôt, nous avons diligenté une enquête de presse pour en savoir un peu plus. Grande fut notre surprise : à la question de savoir quel est l’état psychologique de la victime et comment elle supportait cette nième attaque, elle nous répondit par le croisement de quelques vers d’Alfred de Vigny, tirés de La mort du Loup et ceux de Victor Hugo, son poète adulé:

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse,
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche,
Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

Ces extraits de poèmes, qui nous invitent à une enquête sérieuse sur le sens de la vie et de la mort, celle du loup, du roi ou du roturier, permettent d’évaluer la stupidité de la menace de mort, du crime crapuleux, de l’intimidation du puissant sur l’innocent. La justice et ses appendices furent inventés pour prévenir les conflits, pour éviter le subjectivisme et le fanatisme des châtiments populaires, et enfin pour permettre à la société de se venger des bourreaux, au nom des victimes. Ce qui se passe au Gabon est impensable ailleurs : l’utilisation des forces de police et de défense pour assouvir l’instinct de vengeance du pouvoir politique contre ses adversaires. Cette machine à supplice qui expérimente les technologies les plus récentes en matière d’intimidation, de menace, de soumission et de torture est une faucheuse de vie. De par les nombreux témoignages recueillis auprès des survivants du plus grand procès politique de l’histoire du Gabon, le procès des dirigeants du Mouvement de Redressement National (MORENA), le B2 serait responsable de centaines de milliers de victimes, de morts, viols sexuels, de malades, de disparus, gabonais et expatries confondus, de 1968 à nos jours. Le B2 constitue, à lui seul, le principal Etat-major de la police politique à qui le PDG et le pouvoir des Bongo I et II doivent leur pérennité.

Celui qui lirait le décret n°0339/PR/MDN portant réorganisation de l’Etat-major Général des Forces Armées, décret (autonome) pourtant examiné en conseil des ministres, mais signé uniquement du Chef de l’Etat et du Premier ministre, sans la signature du ministre de la défense, tomberait des nues. Les prérogatives du Chef de l’Etat sont quasi équivalentes de celle d’un monarque. En lisant les articles 127 et 128, fixant la tutelle et les missions de la direction Générale des Contre-Ingérences et de la sécurité militaire, vous mesurez par vous-même l’étendue des pouvoirs du Chef de l’Etat, antirépublicains et antidémocratique, puisqu’assurant, effectivement, ce qu’on se permettrait de désigner par l’expression de « magistrature suprême de la pensée, une sorte de régence de la police de la pensée pour le compte du parti-Etat PDG. Par l’étendue des pouvoirs que lui confère ce décret, le chef de l’Etat a main mise sur tout. Sans rien exagérer, il aurait droit de vie et de mort sur des compatriotes réduit au rang de sujet par cet excès de pouvoir mis entre les mains d’un seul homme.

Pour asseoir son pouvoir, le PDG a conçu ses propres mœurs politiques qui l’on aidé à dresser un citoyen facile à dominer, à manipuler, qui a père Bongo, mère Joséphine Kama, Edith-Lucie ou Sylvia, oncle Tonton associé. Il n’aspire qu’à son bout de pain, et par sa prière, attend que Dieu répare, au ciel, toutes les injustices qu’il a subies sur terre. S’il est en plus ami des Bongo, il a la porte du paradis grande ouverte. Il faut donc que le bon Gabonais, le paillasson ou le marchepied, soit conditionné à demeurer docile.

La gouvernementalité du PDG auquel quelques individus ont échappé, a été globalement pervers. Les mœurs prétendument pacifiques, apathiques, passives ou naïves des Gabonais véhiculées par les Bongo, seraient la conséquence de la très longue application sur eux, et au quotidien, toute leur vie durant, d’un régime de sévices qui vise à ramollir leur vitalité : pratique, par « les forces de sécurité » et les hommes politiques au pouvoir de l’humiliation par bastonnade publique, soufflets, déshabillement, des jeunes, pères et mères de familles, insultes et dénigrements publiques, attentats à la pudeur, assassinats rituels et anthropophagie, ostracisme, licenciement et épuration dans la haute administration des cadres de l’opposition politique, chantage, harcèlement, brutalité, menace, piège, prédation, ruine et privation de marché aux compatriotes apolitiques ou non-conformistes, intimidation, persécution, piège, traque, séquestration, emprisonnement arbitraire, torture, organisation des viols par sodomie dans les lieux de détention, incitation des mineurs à la sodomie et à l’homosexualité, etc. Toutes ces pratiques ubuesques, qui font offices d’instruments de gouvernance au Gabon, heurteraient la sensibilité de tout être humain normalement constitué. Ces sévices délibérément infligés à des centaines de milliers de nos compatriotes, depuis un demi-siècle, sont de notre point de vue, un aveu d’impuissance pour l’autorité toute puissante. Ces sévices qui servent de technologies de dissuasion, constitueraient, pour le régime monolithique qui brille de toutes ses flammes dans un contexte multipartite faussement démocratique, de véritable outil de monopole et de longévité politique. Mais pour combien de temps encore ?

C’est dans l’optique de surveillance généralisée, et pour boucler le panoptique que les pouvoirs du B2 vont jusqu’à l’écoute des conversations privées. Toute la population en parle et s’en est très tôt rendu compte. Le rôle du B2, qui est la matraque des Bongo et du PDG, est d’organiser la galère et la terreur pour qu’elles se perpétuent et se nourries d’elles-mêmes en tant que système de terreur ou de dissuasion. Il est question d’éteindre ou de pourrir l’existence de tout citoyen Gabonais qui oserait s’indigner ou s’élever contre l’injustice, l’arbitraire et l’oppression qu’il faut subir bouche cousue.

Visiblement, mieux que les autres unités des forces de police et de défense, le B2 aurait pour mission d’organiser la terreur. Tout bien considéré, tout état de terreur, même larvé, n’est-il pas un état de guerre ? Détourner les services de sûreté des populations de leurs missions originelles, dans tout pays digne afin de broyer des compatriotes, au besoin, pour en faire de la chair à saucisse, n’est-ce pas, là, le signe d’un pouvoir dangereux puisqu’inhumain ?

Lutter pour le respect des Droits de l’Homme au Gabon et la protection des Défenseurs des droits de l’Homme dans le monde, comme le fait toute seule Maître Paulette Oyane-Ondo pour le compte du Gabon, est quasiment suicidaire et téméraire sous la petite monarchie despotique des Bongo. Ce peut être cette lutte qui date d’une décennie qui agace la dictature laquelle ne peut naturellement s’empêcher de déployer l’Etat-major de l’inquisition pour quelque expédition punitive à l’encontre de l’avocate des Droits de l’Homme émérite.

Il nous reste à découvrir la cause exacte de la persécution, de la tentative d’empoisonnement puis d’enlèvement de Maître Paulette Oyane-Ondo. Quatre faits majeurs justifieraient peut-être le courroux du pouvoir :

1- Selon les allégations du Cabinet d’Avocat de la défenseuse nationale des Droits de l’Homme, un des membres de la famille Bongo, et non des moindres, doit au Cabinet Oyane-Ondo plus d’un milliard de franc CFA qu’il refuse de payer malgré les nombreuses relances ;

2- Un collectif de hauts cadres (pilotes, comptables, etc.) de SN2AG (Société Nouvelle Air Affaires Gabon), ont pour conseil, Maître Paulette Oyane-Ondo, dans l’affaire grave (licenciement abusifs, escroquerie, menace de mort, coups et blessures) qui les oppose à Hermine Pauline Bongo Ondimba Lékogho, Directeur générale de cette compagnie aérienne. Ces agents, pères, mères de familles dont l’un des membres a été sauvé, de justesse, au CHUL de Libreville après une tentative de suicide, refuseraient tout règlement à l’amiable ;

3- Maître Paulette Oyane-Ondo s’est plaint de l’Etat (en publiant un Rapport) en tant qu’avocate des Droits de l’Homme, pour abus de pouvoir et pour avoir permis que plus d’une soixantaine de nos compatriotes soient incarcérés au-delà de leur période de détention normale. Certains de ces détenus sont décédés en cellule alors qu’ils avaient déjà purgé leur peine. Dans la même étude, la même avocate condamne l’Etat gabonais de laisser les prisonniers sans soins médicaux mourir de leurs maladies, de transformer les prisons où vivent des êtres humains, des milieux les plus riches en biodiversité virale et microbienne. Elle accuse enfin l’Etat de laisser prospérer la pratique de la sodomie en prison ; un mineur qui a été longuement abusé, a sans doute succombé à ses blessures. 

3- Le même cabinet se serait constitué l’avocat défenseur de la dignité post-mortem de feu Mboule Beka et de ses ayant droits ; toutes choses qui fâcheraient le tyran, principal accusé dans cette affaire.

4- Maître Paulette Oyane, Administrateur provisoire de Publiez Ce Que vous Payez Gabon, chantre du principe de redevabilité et de partage équitables des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles, s’opposerait à la xénocratie (pouvoir des oligarques expatriés) établie qui aurait plus de droits économiques et de pouvoir financiers au détriment de la masse des Gabonais dont la majorité vit parfois avec moins de 50000 FCFA par mois. 


Lequel des cinq faits avancés ci-dessus aurait dont entrainé, en l’espace d’un mois, une tentative d’empoisonnement puis d’enlèvement ? La mise hors service du disciple de Gandhi et de Mandela aurait-elle un rapport avec l’évaluation de la situation des Droits de l’Homme au Gabon ? Cette évaluation nous dira si le Gabon est arrimé ou non aux standards internationaux en matière de promotion, d’encadrement et de respect des droits de l’homme. La conférence se tiendra à Genève, début 2016.

Pour la descendante de la noblesse d’Engong (précisément de celle de Ntutum Nfulu) : « Que valent encore l’Etat, la liberté, et même la politique lorsque l’être humain est au plus bas de sa condition ; lorsqu’il est surveillé, tracé, traqué comme une bête ; lorsqu’il appartient à une chaîne alimentaire et que malgré lui se retrouve dans un vaste système de prédation ? L’humanité dont il se prévaut a-t-elle encore un sens ? » Selon la disciple de Gandhi, le pouvoir, s’il le veut, peut disposer de sa vie (il en dispose déjà depuis qu’il a profané la tombe de son père sans que personne ne s’en indigne par principe), mais jamais de son âme et de sa dignité tant qu’elle est en vie, comme il a disposé de tant d’autres vies, avant sa naissance, comme il dispose de la vie d’autres martyres, vivant ou mort, à l’instar de martine Oulabou, Grégory Ngbwa Minsta, Mboule Beka, l’Abbé Noël Ngoua Nguéma, Pierre Louis Agondjo, Luc Bengono Nsi, Ange Landry Mbeng, Grégoire Biyogo, Mba Ndong Albert, Pierre André Kombila, Alphonse Ongouo, Aminata Ondo épouse Ndzomba, les morts de 2009 suite à la contestation du coup d’Etat électoral à Port-Gentil, les cinq autres morts du 20 décembre dont les parents tétanisés ont évité de déclarer officiellement par peur des représailles, pour ne citer que ces cas-là. « Le chemin de la libération des chaînes du despotisme est long et parsemé d’embuches », lance-t-elle aux forces progressistes de la dynamique unitaire dont elle salue, au passage, la détermination et un certain courage semblable à celui des années 90.

En se préparant à exterminer toute la population aux seuls fins de conserver le pouvoir entre les mains d’une famille et de consolider la paix des marchés de matières premières, que le pouvoir en place sache simplement que le dernier parmi les gabonais lui tiendra tête et le vaincra. Telle est la loi de la justice qui assigne naturellement à mort tout totalitarisme quel qu’en soit la durée. Que le potentat au noir attentat sache, pour clore le propos, qu’il ne pourra jamais, de son vivant, détruire cette passion pour les droits de l’homme, cette joie immense qui comble les espérances de Maître Paulette Oyane-Ondo qui participe assidument à la chasse contre tout totalitarisme qui repend la peur, cultive la pauvreté, distille les pratiques immoralistes, sème la mort et le désespoir des Gabonais. Tout cela pour dire que même face à la mort, pour Oyane-Ondo femme d’honnête foi, aucune arme, aucun argent, aucune menace ne fera plier sa sereine détermination à universaliser la religion des droits de l’homme et la préférabilité démocratique.

Modeste Abaga Asséko

Président de l’Association Dignitas

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