THE PANAFRICAN INTELLECTUAL ACHILLE MBEMBE SPEAKS ABOUT THE US-AFRICA SUMMIT. L’INTELLECTUEL PANAFRICAIN ACHILLE MBEMBE S’EXPRIME SUR LE SOMMET US-AFRICA

Achille Mbembe (photo: Universiteit Utrecht)



English Version


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Version Française


Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry et publiés dans pour Guinee-Conakry.info



SOMMET USA-AFRIQUE : "L’Afrique en a assez des donneurs de leçons !", dit Achille Mbembé


Le 6 Aout 2014


A l’occasion du sommet USA-Afrique qui se tient en ce moment même à Washington, la rédaction de GuineeConakry.Info est allée à la rencontre d’un des intellectuels les plus en vue du continent. De Nationalité camerounaise et professeur à l’université du Witwaterstrand, en Afrique du sud, Achille MBembé demeure autant outré par la condescendance avec laquelle, le monde, Barack Obama compris, semble regarder le continent africain, qu’il est indigné par le manque de vision et de perspective de la part des leaders africains, eux-mêmes. Face à ces deux extrêmes, il fonde son espoir sur les peuples qui, à l’en croire, devront prendre leurs destins en main, en vue de faire émerger une Afrique qui se fasse respecter.


GuineeConakry.Info : Avec ce sommet, Barack Obama peut-il espérer se racheter de la déception qu’il a provoquée au sein de l’opinion publique africaine ?


Achille MBembé : Il aura déçu tant de monde ! Ceci dit, l’Afrique doit compter sur elle-même si elle veut s’en sortir. Il n’y a aucune raison pour qu’elle dépende des autres pour son salut. Obama est un Américain qui défend d’abord les intérêts de son pays. Il est naïf d’attendre qu’il vienne régler nos problèmes à notre place.


GCI : En convoquant ce sommet, Barack Obama fait-il la cour à l’Afrique ou bien, voudrait-il aider ce continent à s’en sortir véritablement ?


A.MB : Les États-Unis ont une vision rétrograde du continent. En l’Afrique, ils ne voient que des dangers : terrorisme islamique, SIDA, Ebola et autres catastrophes. Ils pensent qu’ils peuvent résoudre tous les problèmes du monde par la force militaire. Alors que le volume des investissements chinois en Afrique ne cesse d’augmenter, les Américains se contentent de prédications moralisantes. L’Afrique en a assez des donneurs de leçons !


GCI : A ce sommet, c’est toute l’Afrique qui est conviée. Faut-il y voir la volonté des autorités américaines de rompre avec l’approche qui faisait des pays anglophones les privilégiés ?


A.MB : Ce n’est pas toute l’Afrique qui est conviée. Ils ont laissé de côté le Zimbabwe et quelques autres ! Il y a de la part des puissances occidentales une répartition du travail en Afrique. La France vient de redéployer son dispositif militaire dans le sens d’une présence plus affirmée qu’auparavant sur le sol africain. Nul ne sait de combien de bases officieuses l’Amérique dispose. Le couloir qui va du Sahara à la Mer Rouge échappe désormais, de facto, à toute souveraineté strictement africaine. On est en train de revenir à l’époque des capitations.


GCI : On a vu certains dirigeants faire des pieds et des mains pour être présent à ce rendez-vous historique. Concrètement, qu’est que les Africains peuvent tirer d’une telle rencontre ?


A.MB : Nous sommes gouvernés par des satrapes qui traitent leurs peuples comme des captifs de guerre et utilisent le pouvoir comme l’instrument d’une jouissance strictement privée. Il ne faut rien attendre de ce genre de spectacle. Les peuples africains doivent reprendre en main leur destin. C’est à cette condition qu’ils instaureront une différence dans leur vie.


GCI : En se bousculant à la porte d’Obama, certains Etats africains se rendent coupables d’infidélité à l’égard des puissances classiques que sont notamment la France et l’Angleterre. Peuvent-ils craindre des représailles ?


A.MB : Ils n’ont rien à craindre. Les États-Unis ne travaillent ni contre la France, ni contre le Royaume-Uni. Contrairement aux Etats africains, toutes ces puissances travaillent de concert.


GCI : Ces puissances classiques ont-elles à s’inquiéter de ce nouveau concurrent sur le terrain africain ?


A.MB : Les puissances classiques ne commenceront à s’inquiéter que le jour où, véritablement, les peuples africains redeviendront leurs propres maitres et souverains, les protagonistes de leur propre histoire. On est loin de cette hypothèse. Elles peuvent donc dormir tranquillement.


GCI : Que doivent faire les Africains pour profiter au mieux de la vague de convoitise que leur continent suscite aujourd’hui ?


A.MB : Ils doivent redevenir leur force propre. L’Afrique doit redevenir son propre centre. Elle doit se reconstituer en un vaste espace de circulation ; abolir progressivement les frontières héritées de la colonisation ; accueillir de nouvelles diasporas en son sein ; renouer avec les vieilles diasporas ; mettre en place ses propres forces d’intervention rapide ; financer elle-même ses institutions ; mettre en place d’immenses projets de développement d’infrastructures sous-régionales ; créer des universités et centres de formation communautaires ; initier un cycle de développement des énergies durables et ainsi de suite. La balkanisation actuelle dessert nos peuples et les empêche de réaliser leur potentiel dans le monde.

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