QUE PEUT-ON ATTENDRE D'UN REGIME QUI TRUQUE SYSTÉMATIQUEMENT TOUTES LES ÉLECTIONS?




Rarement un pays n’a eu un choix aussi clair à faire que le Gabon le 30 Aout 2009 dernier. Ce jour-là, les gabonais votaient pour élire leur président, ainsi croyaient-ils. Le régime sortant, représenté par Ali Bongo, le fils du père dont la nomination par le PDG était restée sulfureuse, représentait la continuation du bongoïsme, avec sa pléthore d'effets négatifs. Ses opposants, il y en avait des dizaines, s’engageait pour le changement par rapport au bongoïsme dont tout le monde était fatigué. L'élection eu lieu, et Ali Bongo réussi l'exploit de se faire "proclamer" élu, malgré une contradiction qui le consacrait perdant dans l'Estuaire, dans l'Ogooué-Maritime, dans le Woleu-Ntem, la Ngounie et la Nyanga. Ali Bongo venait de réaliser un jamais vu, un exploit exceptionnel, celui de se faire élire en perdant dans la majorité des agglomérations les plus populeuses du Gabon. Après 42 années de confusion politique, on pouvait alors s'imaginer qu'un gouvernement totalement légitime émergerait au Gabon. La réalité fut toute autre, car Ali Bongo et ses partisans à la Cenap et la cour constitutionnelle, truquèrent le scrutin afin de rafler la victoire, au nez du peuple gabonais.


1. Le ministre de l'intérieur, la Cenap et la cour constitutionnelle ont des missions précises: faire toujours "élire" les Bongo

Au Gabon, depuis la période du parti unique qui remonte à 1967, le ministre de l’Intérieur a pour mission de déclarer Bongo gagnant, et ce quelle que soient les circonstances. On l'a vu en 1993 and 1998, en 2005 et en 2010. L’opposition affirme toujours le contraire et, malgré des preuves comme les multiples pièces d'identités délivrés le même jour à une seule personne avec des noms différents, rien ni fait, Bongo gagne; circulez y a rien à voir. Les sérieuses irrégularités qui ont toujours entachées les scrutins électoraux au Gabon, n'ont jamais occasionnées une remise en question des gouvernants. Au Gabon, tout ce qu'on peut remarquer est qu'après chaque élection, les Bongo semblent prendre de sévères mesures afin que leur légitimité ne soit pas remise en question. Couvre feu, meurtre des récalcitrants etc. Mais jusqu'ici, personne n'a jamais demandé ni à la Cenap, ni à Mborantsuo de rendre des comptes. La fraude est devenue tellement banale que le régime ne se cache même plus pour en faire usage comme on l'a vu dernièrement à Ntoum, où des gens ont voté avec des vraies fausses cartes d'identité, délivrées dans un commissariat fictif, c'est-à-dire non existant. Qu'on se comprenne bien: les émergents ont fait établir des centaines de cartes d'identités sur la base d'un commissariat fictif, des signataires fictifs, des tampons administratifs fictifs etc. Vous comprenez bien à que la fraude est bien profonde au Gabon.


2. Les gabonais ont de bonnes raisons de ne plus croire aux résultats de leurs élections
Le ministère de l’Intérieur, dirige les élections au Gabon. Il empêche régulièrement les observateurs de l’opposition d’examiner ce qui se passe dans les bureaux de vote. Et ces observateurs ont encore moins souvent, la permission de suivre le trajet des urnes mobiles. Enfin à la dépouille, c'est souvent le désordre avec des résultats à la clé qui ne correspondent pas à la réalité des suffrages exprimés sur le terrain. Lors de l'élection de 2010, nous avons vu des chiffres défiant toute réalité statistique; mais le Gabon est peut être un état d'exception, où l'impossible devient possible, diront les bongoïstes. Pourquoi les Bongo trichent-ils d'une façon aussi flagrante? Et quelles sont les conséquences de cet état de fait? Pourquoi toujours mettre le people gabonais devant un fait accompli électoral? Et qu'advient-il de la population? Le plus bizarre dans tout ça est que les bongoïstes en particulier et les gabonais dans leur ensemble, ne nient absolument pas l'existence de fraude. Mais par un jeu de raisonnement pervers, ils soutiennent que ce procédé est le même que celui utilisé jadis par certains qui sont aujourd'hui dans l'opposition. Par conséquent disent les bongoïstes et ceux qui les rejoignent dans ce raisonnement, les Paulette Missambo ou Casimir Oye-Mba, n'ont pas à se plaindre. C'est ça le monde irrationnel de la politique gabonaise. Il faut accepter la fraude, il faut même s’en servir pour lancer des quolibets à ceux qui étaient hier au PDG. Les dimensions culturelles et psychologiques de l'acceptance de la fraude au Gabon sont assez faciles à évaluer, la doctrine du PDG étant toujours restée celle d'un parti dominant et ne partageant pas son pouvoir. C'est pourquoi dans le contexte gabonais, le chef du PDG doit toujours écraser l'opposition, par tous les moyens nécessaires. Dans cette psychologie, au PDG, toute personne qui ne s'aligne pas sur la même voie que le chef, ne se verra pas faire de cadeau. Il faut lui montrer qui est le chef. Et si la fraude doit être utilisée pour ce faire, tant mieux! Les Paulette Missambo et Oye-Mba en paient le prix aujourd'hui, une fois hors du PDG, il faut les humilier, même en utilisant la fraude la plus ridicule. Il y a aussi malheureusement, des compatriotes qui, malgré le bilan négatif de la dictature Bongo, viendront en faire des éloges comme si nous étions face à un succès extraordinaire. Mais bon, on peut justifier ces comportements par la faim. Quand ces compatriotes osent dire que le Gabon est un pays de droit, quand des jeunes sont tués par l’armée, sans qu’aucune enquête ne soit faite et que personne ne soit sanctionné. Où est donc cet état de droit? qui a été sanctionné pour ces crimes?


Elle est bien mince, la façade légitimiste de nos elections. La fraude systématique fait qu'il n'y ait aucune représentativité effective des populations par leurs élus. Au lieu d'une representativité idéologique ou sociale, nous n'avons que des leaders dit "charismatiques" qui prétendent incarner les véritables aspirations des gabonais. C'est dans cet esprit qu'il y a des élections au Gabon, que des partis politiques se créent, que des alliances se font. Il y a apparemment un fossé infranchissable entre les gabonais et leurs hommes et femmes politiques. Ce fossé concerne la légitimité du pouvoir, la légitimité politique. L'histoire montre qu'un régime qui truque systématiquement et avec maladresse toutes les élections, ne peut rester stable.

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