ENFIN LA PREUVE QUE CERTAINS GABONAIS N’ONT PAS PEUR DU DÉBAT DE HAUT NIVEAU

John Nambo


Dans un pays où ce qui passe pour débat intellectuel ou politique se résume souvent à une cacophonie de très bas niveau, il nous a été rafraichissant de lire aujourd’hui, les réflexions de John Nambo, professeur d’université et persona non grata de l’émergence. Réflexions dont l’axe central s’articulait autour de la problématique ethnique historique au Gabon. Le texte était riche d'enseignements, et les arguments énoncés bien documentés. A la lecture du texte, on comprenait que le personnage soit certainement formé à la dialectique, à la conduite de la rhétorique, à l'expression écrite simple et claire ; ce qui diffère des intervenants dont l’émergence nous habitue dans ses émissions des medias d’état.

1. Un texte qui interpelle
Depuis que nous publions notre blog et recevons des courriers, nous pouvons vous dire, chers lecteurs, qu’il soit assez rare de lire de la part d’un intervenant, ou d’un lecteur, une note qui traduise la qualité de l’auteur, et que l’on prend grand plaisir à lire, fut-elle pour nous contredire. Le plus souvent, comme vous vous en doutez, nous avons à faire à des perturbateurs n’ayant aucun respect des règles élémentaires du débat. Quand nous parcourons les divers espaces de discussions ouverts aux gabonais, nous constatons que notre cas n’est pas isolé, et que l'irrespect des autres pour se distinguer est même le « principe » qui y est le mieux partagé. On fait rarement face, dans ces débats, à des gens démontrant des grandes valeurs, à des gens dont la qualité des arguments fait qu’ils n’aient pas besoin de se livrer à des exhibitions de vendeurs de foire pour s'adresser aux gens. Mais le texte de John Nambo (voir le texte ci-dessous) est important, très important car il met le doigt là où ça dérange, là ou ça fait mal ; et ça, beaucoup de gabonais n’aiment pas. L’auteur a réussi à nous traiter du sujet de l’ethnisme au Gabon, sans que cette réflexion ne devienne qu'une somme de propos haineux, xénophobes, dérapant insidieusement vers des généralisations frisant le bouc-émissarisme (il y a quand même une certaine distance entre un prof d’université et les gars de Pluriel). En utilisant des arguments propres et légaux et en refusant de s’abaisser à rouler le débat dans la boue des idées reçues et de la médisance, l’auteur a rendu un grand service au lecteur qui veut non seulement élever le débat, mais aussi s’élever l’esprit.

2. Qu’avons-nous retenu de ce texte ?
John Nambo par une description méthodique parcourant notre historique politique commune, nous prouve de manière presqu’irréfutable qu’il soit intolérable dans une démocratie qui se veut en construction et en devenir, comme le Gabon prétend l’être ; démocratie professant à qui veut l’entendre de prôner la fraternité, l’union nationale et le non rejet de l’autre ; d’utiliser des formes de gouvernement qui soient la négation même de ces principes. En effet, alors que le Gabon devrait se situer dans une dynamique culturelle, sociale et politique ouverte, riche, et de mixité ; dynamique qui se voudrait libératrice de nos hésitations intercommunautaires ; nous assistons malheureusement à une politique de pouvoir qui imprime aux gabonais la suspicion, quand ce n’est pas carrément la haine et le rejet systématique de l'autre. Le texte de John Nambo est une invitation de l’auteur à l'ensemble des citoyens gabonais à s'engager dans une approche communautaire plus républicaine et libératrice des chaines du pavlovisme ethnique qui voudrait que seul un tel soit chef d’état, un tel premier ministre, un tel président de la cour constitutionnelle etc. Mais combien de gabonais sauront comprendre le texte de John Nambo ? Déjà sur un blog, un compatriote répondait à la lecture de ce texte en demandant à l’auteur dans la section « commentaires » : « Et toi tu fais quoi pour le pays » ? C’est à en rire ou à pleurer, car cet émergent qui écrivait, n’a même pas remarqué qu’écrire un tel texte sur les maux de son pays était un acte fortement PATRIOTIQUE. Si John Nambo avait distribué des T-shirts à son effigie, et quelques sacs de riz, alors là, ça aurait été reconnu comme un acte !



Ci-dessous, le texte de John Nambo


Du tribalisme au Gabon par le professeur John NAMBO

Depuis un an, notre pays vit un climat plus que délétère. Il ne se passe pas un mois sans que certains acteurs politiques -relayés par les media- les organes de presse n’évoquent l’épouvantail politique de l’après Omar BONGO : je veux parler du tribalisme au Gabon. La récurrence de ce phénomène ne peut pas laisser indifférent, surtout dans le contexte du moment où les équilibres du pays sont de plus en plus instables. D’autant plus que l’unité nationale et la construction de la Nation subissent sans cesse les coups de boutoir des tenants de l’exclusion, malgré le discours officiel.

Face au risque réel d’explosion que pourrait entraîner cette dérive, les élites ne peuvent plus faire semblant. Elles ne peuvent plus faire comme si rien ne se passait. Et personne, demain, ne pourra dire : « je n’étais pas au courant », car ces choses-là n’arrivent pas qu’aux autres.

L’universitaire ne peut pas se taire ou fermer les yeux devant les dégâts que la perversion du discours et des pratiques tribalistes sont entrain de causer à notre pays. La lâcheté ou l’indifférence n’ont jamais été une solution. J’ai choisi, pour ma part, de rompre le silence sur cette question essentielle, parce que je partage avec d’autres la profonde conviction que nous ne pourrons résoudre le problème du tribalisme au Gabon que si nous osons le poser. Ensemble et avec hauteur et lucidité.

C’est le lieu ici d’interpeller publiquement mes collègues universitaires, les acteurs de la société civile et tout ce que le Gabon compte de bonnes volontés pour qu’enfin un débat national et citoyen s’instaure à ce sujet. Car, nous ne pourrons concrétiser l’indispensable Union que si nous arrivons à comprendre que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs ; que nous ne sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas tous du même milieu culturel mais que nous voulons cheminer ensemble dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants. Ce pays nous a tout donné et nous lui devons tout.

Le tribalisme au Gabon, je le définis comme l’exploitation et l’instrumentalisation politiciennes du phénomène ethnique en vue de la conquête et de la conservation du pouvoir. Les conséquences à terme de cette pratique étant le délitement du tissu social mais surtout la négation systématique de la République, cette « Chose publique » (res publica) que nous sommes censés avoir en partage.

L’histoire nous enseigne qu’à chaque fois qu’une société privilégie les éclatements tribalistes au détriment des valeurs républicaines, elle court de très grands risques. Le Rwanda est là pour nous rappeler la cruauté avec laquelle des extrémistes puissamment armés et détenant tous les rouages du pouvoir, ont exterminé dans l’horreur et la honte des centaines de milliers de leurs compatriotes. Personne n’a oublié la terreur vécue par les populations du Congo Brazzaville, lors des différentes guerres tribales des années 1990, et dont le pays porte encore de très lourds stigmates. Je n’évoquerai pas l’ex Yougoslavie, dont l’éloignement géographique n’atténue pas les conséquences horribles des divisions ethniques.

Il faut remonter à l’époque coloniale pour trouver les fondements idéologiques et historiques du tribalisme au Gabon. En effet, lorsque l’Administration coloniale structure autoritairement l’espace étatique de ce qui n’est alors qu’un simple territoire, elle le fait sur la base de stéréotypes qu’elle va inscrire dans les consciences des populations appelées à vivre dans ce nouvel espace commun.

Ces stéréotypes largement domestiqués et intériorisés par les Gabonais finiront par être abondamment exploités et instrumentalisés par les hommes politiques ; certains cherchant à s’affranchir du complexe de frustration dans lequel les avait placé la colonisation, d’autres voulant conserver les positions privilégiées d’un passé plus ou moins glorieux. Les premiers seront les derniers…

Ces attitudes et pratiques se retrouvent, par exemple, dans des expressions devenues péjoratives et souvent utilisées pour désigner l’autre qui n’est pas moi ; les Miènè parlent d’ « anongoma (au singulier, onongoma) » pour désigner ceux qui ne sont pas comme eux, les Fang désignent les autres par l’expression « bilob ». Je n’ai pris que ces deux exemples parmi tant d’autres, chaque groupe ethnique ayant son « onongoma » ou son « bilob ». L’autre n’est pas seulement différent, il est l’opposé de soi, il est bizarre, il est parfois regardé comme un sous homme. Inutile de préciser ici que toutes ces considérations négatives ne reposent sur aucune base scientifique, il s’agit plutôt des conséquences postcoloniales d’une stratégie politique de domination et d’exploitation bien connue: « diviser pour mieux régner ».

Tirant les leçons des effets pervers de ces divisions inutiles pour le pays en construction, les nouvelles autorités de la République naissante vont s’atteler à forger, non sans peine, un sentiment national. L’Etat colonial importé va avoir la lourde mission de créer la nation gabonaise. Les toutes premières paroles de l’hymne national en témoignent largement : « Unis dans la concorde et la fraternité… ». C’est dire que dès le début de la République Gabonaise, le souci du mieux vivre ensemble constitue un impératif national. Les fondamentaux de l’indispensable Unité Nationale étaient alors posés.

D’ailleurs, les années 60 ont vu arriver à Libreville et dans d’autres centres d’enseignement plusieurs jeunes Gabonais qui ont pacifiquement partagé les mêmes établissements primaires et secondaires sans s’interroger une seule fois sur les origines ethniques des uns et des autres. Cela a créé des liens solides : les anciens du lycée classique et moderne de Libreville (l’actuel Lycée Léon MBA), du collège Bessieux, du Séminaire Saint Jean ou encore de l’Ecole Normale de Mitzic peuvent en témoigner.

La création du Parti Démocratique Gabonais (PDG) en 1968 par le successeur constitutionnel du président Léon MBA, va avoir pour prétexte officiel, dans le discours, la lutte contre le tribalisme. Ceux de ma génération se souviennent certainement de cette chanson imposée à chaque début du Journal à la télévision d’Etat (la RTG1) : « Plus de tribus, plus de clans, une seule nation, le Gabon dans l’unité… ».

Mais alors, qu’est ce qui peut justifier le tribalisme au Gabon après 50 ans d’indépendance et surtout 42 ans de PDG au pouvoir, lui qui proclamait haut et fort dans sa propagande étouffante de l’époque qu’au Gabon, les tribus avaient disparu ? Il y avait-il à côté du discours officiel des actions et positions officieuses contraires ?

Pour répondre à ces importantes interrogations, il faut postuler que la question du tribalisme au Gabon ne peut pas être traitée et résolue en dehors de celle de l’Etat (de droit) et des institutions. En d’autres termes, on ne peut pas comprendre le pourquoi et le comment du tribalisme dans notre pays si on ne se s’interroge pas sur la vision que les Gabonais ont de l’Etat et des institutions. Je dirai même qu’avant d’aller à la notion d’Etat de droit qui n’a de réalité chez nous que dans les incantations politiciennes, il faudrait insister sur l’Etat et les institutions sans lesquels le tribalisme ne peut être sérieusement appréhendé.

Les simples définitions de ces notions abstraites, au demeurant très techniques, risquent d’égarer le lecteur non initié si on ne dit pas préalablement ce qu’elles représentent réellement chez les Gabonais. Je fais volontiers ici l’économie de cet exercice pédagogique en optant plutôt pour une démarche qui permet de répondre à cette problématique de manière beaucoup plus pragmatique. C’est donc la question suivante qu’il faut poser : que représentent pour le Gabonais l’Etat et les institutions ?

Tant qu’on n’aura pas donné des réponses claires à cette importante question, on ne comprendra pas pourquoi le tribalisme est devenu au Gabon un véritable fonds de commerce politique. Aussi, dans notre pays, l’aspect culturel du tribalisme est occulté, depuis des années, par l’instrumentalisation de ce phénomène.

Les nombreuses recherches effectuées sur l’Etat en Afrique Noire et l’observation participante locale, démontrent que les Gabonais ont en partage avec la majorité des Africains une représentation singulière de l’Etat et de ses institutions. Dans leur univers mental, l’Etat est considéré par le plus grand nombre comme une « banque communautaire » (dans ma thèse de doctorat, 1991, je parle de « Complexe Redistributif ») dont doit disposer à souhait ceux qui sont au pouvoir et leurs clientèles. Cette appropriation communautaire de l’Etat patrimonialisé, donc de cette « banque », s’étend jusqu’aux institutions de la République qui, en réalité ne sont que des espaces d’investissement ethno-tribal.

Ainsi, dès lors que l’un des leurs occupe une position dans une administration publique ou privée, c’est la famille, le lignage, le clan, la tribu ou l’ethnie ainsi que les éventuels alliés qui estiment occuper cette position. Le plus grave est que cette vision est largement partagée par une frange considérable des élites qui, à bien y regarder, sont à l’origine de la perversion des valeurs républicaines sous les Tropiques. Le clientélisme politique gabonais, produit et alimenté par ces élites, trouve ici ses ressorts.

Après le décès d’Omar Bongo, c’est donc tout naturellement que certains ont pensé que le fils était tout indiqué pour succéder à son père dans la gestion de la « banque communautaire ». Le pouvoir doit rester dans le Haut-Ogooué. On peut à la limite le partager avec « la province sœur », l’Ogooué Lolo, mais il n’est pas question de le céder aux autres, surtout pas aux Fang. Comment et pourquoi « scier la branche sur laquelle on s’assied » ? C’est une question de vie (de survie, diront les uns) ou de mort ! Dans ces conditions, comment s’étonner de la montée du fameux repli identitaire tant hypocritement décrié pendant la campagne électorale présidentielle de 2009, repli qui, en réalité n’est que la réponse ethnique idoine à une violence étatique subie.

Ainsi, pour faire aboutir leur projet dynastique et tribal –tout en lui donnant une caution légale-, les plus hautes institutions de la République doivent être mises à contribution. Après tout, ces institutions ne sont que des instruments publics au service de la gestion privative de cette « banque communautaire ».

En réalité, le tribalisme est au cœur du pouvoir politique depuis plus de quatre décennies. Le discours et les pratiques tribalistes sont des stratégies politiciennes destinées à inscrire durablement dans l’inconscient collectif gabonais, mais aussi étranger, que les autres ne sont que des empêcheurs de tourner en rond. Ces stratégies ont été relayées dans chaque province par certains hommes et femmes politiques qui, pour leur survie et leur avenir, ont intérêt à ce que le tribalisme politique prospère. C’est aussi l’échec qui pousse les politiques, démissionnaires de leurs responsabilités devant l’Histoire, à actionner en permanence le levier du tribalisme pour mieux se protéger.

Il s’agit enfin d’éviter aux Gabonais de se poser les vraies questions qui engagent la vie et l’avenir du pays. Cette stratégie de diversion, de distraction et de mystification a fini par appauvrir le débat politique quand elle ne favorise pas la fuite en avant. Ainsi par exemple, les deux provinces dites « sœurs » se retrouvent psychologiquement et symboliquement coupées du pays ; elles deviennent des provinces à part, et leurs ressortissants montrés du doigt, stigmatisés et pris en otage par une logique d’exclusion alimentée par ce tribalisme politique. Qui peut sérieusement soutenir que tous les altogovéens détiennent depuis plus de 40 ans le pouvoir politique et donc économique au Gabon ; qu’ils en ont tous profité et continuent d’en profiter aujourd’hui? Les voyages ne forment pas que la jeunesse, il suffira aux autres Gabonais de faire une visite dans le Haut Ogooué profond pour se rendre compte de la supercherie. Ceux qui ne peuvent pas effectuer le voyage ont tout le loisir d’aller au « Pont d’Akébé », principal point d’ancrage des Altogovéens à Libreville, pour voir dans quelles conditions (honteuses et indignes) vivent ces compatriotes.

Le rejet politique du Fang n’est pas né avec la parodie d’élection présidentielle du 30 août 2009. Pour mémoire, beaucoup de Gabonais (Fang et non Fang) et certains chercheurs évoquent souvent le fameux congrès « uni fang » de Mitzic des 26, 27 et 28 février 1947, pour justifier une certaine propension Fang à prendre le pouvoir. Je dois à la vérité historique et scientifique de rétablir ici que le Congrès de Mitzic avait plutôt été initié et convoqué par l’Administration coloniale dans le but d’organiser la société traditionnelle pour qu’elle puisse s’adapter à la modernité (cf. Georges BALANDIER dans Sociologie actuelle de l’Afrique Noire). Le Chef du Territoire du Gabon avait lui-même défini cette réunion comme « une première expérience de renaissance des milieux coutumiers autochtones ». Il suffit de se référer aux actes, appelés « Vœux », publiés par l’Administration coloniale, pour comprendre qu’il ne s’est jamais agi d’un projet planifié de conquête du pouvoir par les Fang. D‘ailleurs, Jean Hilaire AUBAME, acteur politique Fang de l’époque, n’avait pas participé à ce Congrès parce qu’il s’estimait Député de tous les Gabonais (et non des seuls Fang), même s’il avait ses représentants à Mitzic.

En structurant son discours politique (certains diront son idéologie) sur la lutte contre le tribalisme, le Parti Démocratique Gabonais cachait en réalité une obsession : réduire coûte que coûte toute velléité Fang à revenir au pouvoir qui leur aurait échappé avec le décès prématuré du premier Président gabonais.

Ce n’est pas un hasard si depuis la disparition du Président Léon MBA, le poste de Premier Ministre revient en permanence à un Fang. En réalité, il s’agit de donner l’illusion aux Fang d’être aux commandes ; de faire croire qu’ils partagent les clefs de la « banque » avec ceux qui les détiennent. Cette règle non écrite a fini par produire un tribalisme à double détente : un tribalisme intra ethnique fang à travers lequel les Fang des autres provinces estiment, à tort ou à raison, que l’on fait exagérément la part belle à ceux de l’Estuaire, et le tribalisme des autres groupes ethniques qui accusent les Fang (sans distinction de province) d’être trop envahissants dans l’espace étatique du fait justement de ce « privilège » d’éternels seconds.

Face à ce qui apparaît désormais comme un fléau National, il est plus qu’urgent de rassembler ce qui est épars en revenant simplement aux fondamentaux de la République qui exigent des hommes et des femmes politiques de ce pays une grande retenue. Cette exigence de responsabilité passe aussi par une certaine pédagogie. La misère n’a pas de tribu, d’ethnie ou de province. Le démuni du Haut Ogooué (et il y en a) a beau être de la même province ou de la même ethnie que ceux qui gèrent la « banque communautaire », il ne partage pas moins les mêmes conditions de vie que le Fang du Nord ou le Punu démuni de la Ngounié et/ou de la Nyanga.

Le tribalisme a prospéré au Gabon parce que les politiques ont progressivement fait démissionner la République. La République ne garantit plus l’égalité de chances aux Gabonais qui sont obligés de s’insérer dans des réseaux de clientèle qui font d’eux de simples obligés des Hommes politiques, des porteurs de valises. La mystification est devenue la contre-valeur la mieux partagée au Gabon. La kleptomanie électorale a été banalisée quand elle n’est pas simplement encouragée et encadrée, nombreux sont ceux qui ne croient même plus au vote qui est devenu une simple « masturbation » politicienne. Quel Gabonais sérieux (sans même parler des éminents juristes que compte le Gabon !) peut encore avoir confiance aujourd’hui à la Cour Constitutionnelle dans sa mission de juge des élections politiques avec sa curieuse jurisprudence qui dit qu’au Gabon, on peut frauder aux élections à condition que l’ampleur de la fraude ne soit pas de nature à fausser les résultats. La fin justifie les moyens. Cette fameuse jurisprudence ne fait que consacrer la primauté du politique sur le droit, donc la négation à terme de l’Etat de droit.

Et la démocratie, dans tout cela ? Sa mise en œuvre indispensable exige une culture de tolérance et de respect du droit à la différence et du droit tout court. La société démocratique souhaitable au Gabon doit favoriser la symbiose entre l’incontournable Etat de droit et nos ethnies fondées sur la communauté d’un passé, d’un territoire, d’une langue ou d’une activité. Ces ethnies offrent à leurs membres des repères socio culturels qui les aident à se situer et à vivre leur rapport à l’Etat et à ses institutions. Le sentiment d’appartenance ethnique (légitime) doit se développer en symbiose avec une culture de confiance dans l’avenir pour soi-même et d’ouverture à l’autre ; toute chose qui permet de vivre la richesse des différences dans un espace étatique commun. Mais cette ambition passe par l’humilité. L’humilité de ceux qui acceptent la différence comme une chance pour notre pays et non une tare. L’humilité de retrouver ensemble les valeurs républicaines qui nous soudent les uns aux autres. Si nous acceptons tous cette humilité-là, nous connaîtrons ensemble les épanouissements d’un Gabon véritablement pour Tous.

Professeur JOHN NAMBO

Comments

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  2. Je suis très touché par ce que je viens de lire.
    étudiant en droit et déjà à l'issue de mon cours de droit des personnes et de droit constitutionnel j'ai été surpris qu'au gabon les officiers d'état civil marquaient les coutumes des pères et mères sur les actes de naissance. Je me suis posé les questions suivantes: pourquoi ça se faisait? Qu'elle était la pertinence juridique de cette mention? Quel est l'intérêt de distinguer les gabonais entre eux? Maintenant,je crois que j'ai la réponse à ma question. Si un jour il y a débat sur cette question, faudra que les auteurs nous le justifie. Précisons que le code civil gabonais en son article 167 dispose: " L'acte de naissance énonce la date, le lieu et si possible, l'heure de la naissance, le sexe, les prénoms et noms de l'enfant. Les prénoms, noms, âges, lieux de naissance, professions et domicile des pères et mères et, s'il y a lieu les noms, prénoms, professions et domicile du déclarant."
    Au regard de cet article et du texte ci dessus, je peux affirmer que cette mentions n'a d'autres fins que de pérenniser le tribalisme.

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  3. Cher Fils du Pays,

    Heureux de vous savoir à la lecture.

    Charlie

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