QUAND LE POUVOIR SE LIVRE Á DES ACTES D’INTIMIDATION CONTRE CEUX QUI LUI DEMANDENT DES COMPTES




Dans un récent réquisitoire, deux activistes, Gregory Ngbwa-Mintsa et Marc Ona-Essangui, s’insurgent contre la campagne dont le pouvoir gabonais se rend coupable, pour tenter de les contraindre au silence par l'intimidation. Dans le document que les deux activistes produisent et que nous vous proposons ci-dessous, ils mentionnent que le pouvoir gabonais, par le truchement de sa presse, est en train de mener une attaque coordonnée et intensive contre les défenseurs des droits humains au Gabon, qui ont la témérité de dénoncer la gestion scabreuse des Bongo. Par ces agissements, le pouvoir tente de restreindre les activités de la société civile indépendante. Le pouvoir veut pousser ces activistes et membres de la société civile à abandonner leur engagement et collaboration avec des ONG internationales qui tiennent les Bongo sous le feu des projecteurs dans le cadre de l’affaire des biens mal acquis. Il devient clair que le régime souhaite que ces compatriotes ne puissent ni s'exprimer librement, ni organiser des activités associatives qui gênent le pouvoir, ni contester les politiques de ce pouvoir en publiant leurs opinions, sans craindre des représailles.

Ci-dessous le communiqué des activistes.


Depuis la décision rendue le 9 novembre, en France, par la cour de cassation dans le procès BMA (Biens Mal Acquis), de nombreux médias proches de la présidence de la République se livrent à un lynchage médiatique destiné à discréditer le coordonnateur de la coalition Publiez ce que vous payez et Grégory Ngbwa Mintsa, Prix de l’Intégrité Transparency International 2009‐2010

La 1ère chaîne de la Radio Télévision Gabonaise, RTG 1, a, des jours durant, rediffusé en boucle la conférence de presse qu’avait organisée André Mba Obame, afin de justifier notre incarcération, en décembre 2008. En tant que ministre de l’Intérieur d’alors, il affirmait détenir des preuves que nous étions instrumentalisés par les ONG françaises qui nous auraient soutenus financièrement pour déstabiliser l’Etat. Il affirmait que nous étions à la tête d’une vaste conspiration qui, selon lui, devait commencer par l’incitation des Gabonais à la révolte et par le recrutement de compatriotes des neufs provinces, d’Afrique du Sud, de France et du Canada pour qu’ils se joignent à la plainte BMA, moyennant d’importantes sommes d’argent mises à notre disposition par des ONG étrangères. Après notre détention préventive, nous sommes toujours en liberté provisoire, après avoir été interdits de sortie du territoire. Le salaire de Grégory Ngbwa Mintsa est arbitrairement suspendu depuis deux ans. Notre outil de travail (matériel informatique) est confisqué depuis deux ans et personne, à ce jour, n’a apporté le moindre début de preuve des accusations graves portées contre nous. • L’émission Pluriel, qui est, comme chacun le sait, encouragée et protégée par les plus hautes autorités de notre pays, a consacré de nombreuses émissions rediffusées pendant des semaines, pour livrer Marc Ona Essangui à la vindicte populaire et pour le présenter comme étant «instrumentalisé par Sherpa, Survie et Transparency International, complices des carnages et des guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, qui décernent des prix à des compatriotes.» Au cours de ces émissions, les animateurs s’appuyaient sur le dernier ouvrage de Pierre Péan Carnage : les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, dont les passages surlignés étaient diffusés et abondamment commentés. Ils n’ont pas hésité à affirmer que William Bourdon a changé de bord et qu’il est, désormais, l’avocat d’Areva, et à dénoncer les «compatriotes qui reçoivent des prix» décernés par des ONG responsables du génocide rwandais. • Tous les articles et toutes les émissions s’en prenant à Marc Ona Essangui le présentent comme un agent qui veut déstabiliser l’Etat, «instrumentalisé» par les ONG personnelles de George Soros : EITI, Global Witness, Publish What You Pay, Revenue Watch Institute, Open Society, Transparency International, Survie et Sherpa. • Le journal L’ombre du 18 novembre a consacré une page entière à présenter Grégory Ngbwa Mintsa, une semaine après qu’il a reçu le Prix de l’Intégrité Transparency International 2009‐2010, comme un tribaliste, assimilé tour à tour au chef du Ku Klux Klan, à celui du Front Patriotique Rwandais et à «Rommel et ses Panzerdivisions». Cet article n’a pas hésité à souiller la mémoire de son père. • Le quotidien pro‐gouvernemental Gabon Matin, dans un article, l’a qualifié d’ «Oncle Tom Grégory Ngbwa Mintsa, le singleton black repéré et retrouvé à la torche indigène (…) instrumentalisé pour porter plainte.» • Le même Gabon Matin, dans son n° 468 du 8 décembre, a consacré 6 pages à un dossier spécial Bien Mal Acquis en s’appuyant, comme les animateurs de Pluriel, sur le dernier ouvrage de Pierre Péan. Le Pierre Péan qui avait écrit, dans Affaires africaines, que «la progéniture de Bongo n’est pas de Marie‐Joséphine. Ses enfants viennent d’autres lits –notamment ceux des soeurs de sa femme‐ ou ont été adoptés par le couple présidentiel lors de la guerre du Biafra» (p. 192). A propos d’Omar Bongo, il révélait qu’ «un des moteurs puissants de sa politique a toujours consisté à casser ou limiter le dynamisme des Fang (…) A un système basé sur la hiérarchie des compétences, Bongo, par peur des Fang, a préféré instaurer l’équilibre régional en accordant toutefois la priorité à ceux qui sont originaires de sa région, le Haut‐Ogooué» (p. 190‐191.) On peut s’interroger sur le fait qu’aujourd’hui, le même Pierre Péan soit considéré par le pouvoir comme un parangon de vertu et une référence incontestable en matière d’investigation. • Les défenseurs des prédateurs de la République sont allés jusqu’à inviter à Libreville, cet auteur à qui ils ont consacré une émission de plus d’une heure, sur le plateau de la première chaîne de télévision, animée entre autres, par le très officiel directeur‐général de la RTG, David Ela Mintsa. La conférence de presse diffamatoire de Mba Obame à notre encontre, reprise mot pour mot dans le livre de Péan a, une fois de plus, été diffusés au cours de cette émission. La campagne de diabolisation qui se joue contre nous, aujourd’hui, ressemble en tous points à celle qui asuivi le dépôt de la plainte BMA et qui a préparé l’opinion à l’incarcération de Gaston Asseko, GeorgesMpaga, Jean‐Bernard Poaty et nous. Nos adversaires vont, désormais, expérimenter la définition de l’effet pervers: chacun de ces actes d’intimidation ne fait que renforcer notre détermination. Car le combat que nous menons depuis des années est celui de la justice sociale et du progrès de notre pays. Les enjeux historiques de cet engagement ne sauraient, en aucun cas, nous faire reculer devant ces mesquineries qui prétendent constituer des menaces. Toutefois, nous n’accepterons pas un seul instant d’endosser les maux de la Françafrique qui est l’ennemiprincipal du peuple gabonais et dont les agents locaux veulent se présenter, aujourd’hui, comme de saintsmartyrs. L’ostracisme et les répressions annoncées sont d’autant surprenantes que Grégory Ngbwa Mintsa a étédébouté par la justice française dans la procédure BMA et que Marc Ona est membre du groupe d’intérêtEITI et coordonnateur national de la coalition Publiez ce que vous payez. On peut se demander par quelleintelligence l’Etat gabonais adhère‐t‐il à ces deux organisations qui s’acharneraient à le déstabiliser.Nous en sommes, aujourd’hui, à un point où la «campagne orchestrée par les ONG qui veulent déstabiliser l’Etat» joue moins contre le régime que celle organisée par lui‐même. Toutes ces menées mesquines destinées à intimider les Gabonais dans la défense des intérêts de leur pays n’entacheront en rien notre détermination. Bien au contraire. A partir de ce communiqué de presse, nous sortons de la réserve que nous nous sommes imposée depuis le dépôt de la plainte BMA.

Pour la Coalition Publiez ce que vous Payez Le Coordonnateur national Marc Ona Essangui Prix Goldman 2009

Grégory Ngbwa Mintsa Prix de l’Intégrité Transparency International 2009‐2010

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