BRAS DE FER EN CÔTE D’IVOIRE




Ces dernières 24 heures, les choses se sont précipitées et compliquées en Côte d’Ivoire. Les résultats de la Commission électorale indépendante (CEI) qui donnaient jeudi l`ex-Premier ministre Alassane Ouattara, largement vainqueur, ont été invalidés ce vendredi par le Conseil constitutionnel qui a, à son tour, proclamé le président sortant, Laurent Gbagbo, vainqueur. Suite à ce rebondissement, Alassane Ouattara s’est présenté comme le "président élu" formellement reconnu par l’ONU. Mais les choses se sont encore compliquées de plus belle, quand l’Onu par la voix de son secrétaire général, Ban Ki-moon, a reconnu l’ancien Premier ministre comme vainqueur légitime. Déclaration suite à laquelle un officiel ivoirien a proposé le départ du représentant de l’ONU dans le pays, Youn-jin Choi.

1. La fameuse « communauté internationale » semble avoir choisi son camp
Le président français Nicolas Sarkozy n’a pas attendu longtemps pour "congratuler" son ami et frère, le "président élu" Alassane Ouattara et dans une démonstration d’hypocrisie dont il a le secret, demandé au président sortant Laurent Gbagbo de, tenez vous bien, "respecter la volonté du peuple ivoirien !" Tiens donc, on retrouve là Sarko le légaliste qui se préoccupe de la « volonté du peuple », et qui au Gabon décore de la légion d’honneur, la très impartiale et républicaine Marie Madeleine Mborantsuo. En plus de l’Onu et de la France qui se tiennent dans le coin de Ouattara, pour parler comme en boxe, un communique émanant de la maison blanche de Washington disait que le président des Etats-Unis Barack Obama avait félicité aussi ce vendredi, Alassane Ouattara “pour sa victoire”, et a appelé le président sortant Laurent Gbagbo à “reconnaître et respecter” ce résultat. Le communique de Obama se lit comme suit :

«Je félicite Alassane Ouattara pour sa victoire à l`élection du 28 novembre. La commission électorale indépendante, des observateurs dignes de foi et accrédités, ainsi que les Nations unies, ont tous confirmé ce résultat et certifié sa fiabilité. La Côte d`Ivoire est désormais à la croisée des chemins. J`appelle toutes les parties, dont le président sortant Laurent Gbagbo, à reconnaître et respecter ce résultat. La communauté internationale mettra devant leurs responsabilités ceux qui essaient de faire échouer le processus démocratique et la volonté des électeurs”.

Sarkozy tout seul, Gbagbo peut tenir le coup. Mais en plus de l’Onu et des USA et de plus en plus du reste de l’Union Européenne, Gbagbo malheureusement risque de très vite se retrouver sans véritables soutiens et devra jouer un va tout suicidaire.

2. Le problème est que Gbagbo ne peut être vainqueur qu’en annulant certains votes venant du nord, ce qui politiquement radioactif
Il est clair que dans une situation où le pays est coupé en deux, avec des rebelles qui soutiennent mordicus Ouattara même s’ils jouent le jeu du gouvernement d’ouverture avec Soro, les rebelles se sont assurés que les votants dans leur région soient dans une majorité écrasante, favorables à leur champion, Ouattara. Ce ne sont donc pas les chiffres qui sont contestables, mais la manière dont ces chiffres ont été obtenus. C'est-à-dire que si les partisans de Gbagbo dans ces régions ont été menacés avec des armes, et ont eu trop peur pour voter, on se retrouve avec des urnes proches des 80-90% pro Ouattara. Mais l’ennui est que dans ce contexte, la seule solution pour Gbagbo est de faire annuler le vote dans ces régions, ce qui malheureusement pour lui, ressemble à une décision arbitraire dans le seul but de se maintenir au pouvoir. En effet, en n’annulant le vote rien que dans les localités du nord où les élections se sont déroulées de façon tumultueuse, qui sont aussi comme par hasard les fiefs de Ouattara, Gbagbo s’expose à l’argument qui voudrait qu’il veuille seulement éliminer un nombre important de votes de son adversaire pour justifier sa proclamation comme victorieux. Et c’est un problème stratégique pour Gbagbo dont la solution est difficile à trouver.

Annuler le vote dans sept départements du nord, sous contrôle de la rébellion, tout en préservant le vote du reste du pays est difficile a faire admettre. Tout au plus, il va peut être falloir revoter. Mais pour un véritable vote démocratique il faut une démilitarisation du pays car si on a un nord et un sud contrôlant des zones distinctes, cette élection démontre que les milices peuvent intimider les partisans de leur adversaire politique dans leur zone de contrôle. Nous nous acheminons peut être vers la consolidation de la partition du pays, car rien ne dit que Gbagbo va lâcher le morceau, surtout quand il pense que ses partisans ont eu du mal à voter dans le nord.

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