CASIMIR OYE MBA’S EULOGY TO ANDRE MBA OBAME. L’ORAISON FUNEBRE DE CASIMIR OYE MBA A ANDRE MBA OBAME

Casimir Oye Mba (photo: Jean Pierre Rougou)




Monsieur le Président de l’Union Nationale

Gabonaises, gabonais,

Militantes et militants de l’Union Nationale,

Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques et des organisations de la société civile,

Mesdames et Messieurs.

Cher compatriotes.

C’est avec une vive émotion et une profonde douleur que je prends la parole en ces moments si pénibles pour notre parti politique, l’Union Nationale, pour ses militants, pour l’opposition gabonaise, et pour le peuple gabonais tout entier, pour rendre un hommage politique à André MBA OBAME, notre frère, notre ami, notre compagnon de lutte.

Après avoir lutté avec un courage exemplaire pendant près de six ans contre une étrange maladie, le Secrétaire Exécutif de l’Union Nationale a rendu l’âme le dimanche 12 Avril dernier à Yaoundé, au Cameroun.

Avec sa disparition prématurée, cinq ans après le décès tout aussi inattendu de Pierre Claver ZENG EBOME en 2010, l’Union Nationale enregistre la perte de l’un de ses membres fondateurs.

La présence à nos côtés des amis des autres partis et de la société civile me conduit à dire que ce deuil est aussi celui de l’opposition gabonaise, celle qui partage notre idéal démocratique et notre souhait d’une alternance politique au Gabon.

Ce deuil est enfin celui de toutes les gabonaises et de tous les gabonais, toutes provinces confondues. La nouvelle espérance qu’André MBA OBAME appelait de ses vœux ne se destinait pas à une catégorie de gabonais, à l’exclusion d’une autre. Son message était un message de rassemblement qui transcendait tous les clivages et tous les atavismes qui freinent l’intégration nationale et le développement économique et social de notre pays.

Avec cette disparition, le Gabon perd l’un de ses fils les plus remarquables, un acteur politique national de premier plan.

Mesdames et Messieurs

Mes chers compatriotes.

Il n’est pas aisé pour moi de résumer en quelques propos le parcours d’un homme politique de la dimension d’André MBA OBAME. Bien qu’ayant appartenu tous les deux de longues années à plusieurs Gouvernements, nous n’accédions pas à nos intimités respectives. Néanmoins notre regard, secouru par ceux qui ont eu ce privilège, nous a permis de cerner à peu près l’Homme. Comme tous les grands esprits, André MBA OBAME ne se laissait pas facilement circonscrire.

D’un abord certes facile, toujours souriant et chaleureux, respectueux des autres, André MBA OBAME avait aussi ce côté énigmatique, insondable, voire impénétrable, qui est la marque de ceux qui aspirent à jouer un rôle majeur dans la vie de leur pays.

André MBA OBAME était un homme jovial. Il pouvait s’amuser, plaisanter quand il fallait, comme tout un chacun. Mais dès qu’il s’agissait de se mettre au travail, il se métamorphosait littéralement pour se concentrer sur la tâche avec sérieux, abnégation et application.

André MBA OBAME était un homme humble, poli et bien élevé. Il avait l’humilité de ceux qui ont réussi par le travail et par le talent, mais n’oubliait jamais qu’il était un enfant du peuple, ce peuple gabonais qui engendré et à qui il se sentait profondément redevable.

Sous ses dehors débonnaires et bon-enfant, André MBA OBAME cachait une volonté de fer, une détermination farouche, un souci permanent d’aller jusqu’au bout de ce qu’il entreprenait. Il était aussi un grand stratège politique.

Si je devais brosser les grands traits de la personnalité d’André MBA OBAME, je la déclinerais en quatre traits qui sont, selon moi, les qualités qui le caractérisaient intrinsèquement : l’intelligence, le pragmatisme, le charisme, la détermination.

v L’intelligence tout d’abord.

André MBA OBAME était doté d’une vive intelligence, chacun le reconnait. Il suffisait de rester instant avec lui, de l’écouter et d’engager avec lui un échange sur n’importe quel sujet, pour se rendre compte aussitôt de la rapidité de son esprit, de la solidité de son raisonnement, de la justesse de sa vision.

Cette intelligence s’est illustrée dès son plus jeune âge, à travers un parcours scolaire et universitaire exemplaire : études primaires à l’école Catholique de MEDOUNEU sa ville natale ; premier cycle des études secondaires au Séminaire SAINT-KIZITO d’OYEM puis au collège BESSIEUX, sanctionnées par le Brevet en 1972, ensuite au Lycée Léon MBA où il obtient le baccalauréat option littéraire en 1975.

Nanti de son Bac il s’envole pour le Canada y entreprendre des études de science politique à l’université Laval. Après l’obtention de sa maîtrise dans cette discipline en 1980, il rejoint la France, s’inscrit à l’université Paris IV la Sorbonne, où il clôture son cursus universitaire par un doctorat en science politique.

Sur le terrain politique aussi André MBA OBAME a montré son savoir-faire. Il a fait preuve d’intelligence en passant, en l’espace de quelques années, du statut d’opposant qui militait au sein de l’Association Générale des Etudiants du Gabon (AGEG), du Mouvement de Redressement National (MORENA) et du Parti Socialiste Français à celui d’éminence grise du régime Omar BONGO, tout en restant attaché à ses idéaux de la première heure. Il mettra à profit la relation privilégiée qu’il a su construire avec le président Omar BONGO pour contribuer à lui faire admettre la nécessité pour le pays de s’engager sur la voie de la démocratisation, à une époque où il n’existait au Gabon ni opposition visible ni société civile organisée.

Cette ouverture politique est d’abord expérimentée à l’intérieur même du Parti Démocratique Gabonais avec l’apparition de courants en son sein, puis à l’extérieur de ce parti avec la tenue de la Conférence nationale de 1990, qui a décidé la restauration du multipartisme intégral.

Si l’ingratitude est la marque des gens sans repères ni culture, l’Histoire, elle, saura rendre justice à André MBA OBAME pour le rôle qu’il a joué pendant cette période délicate de l’histoire politique de notre pays. En se joignant à ceux qui ont convaincu Omar Bongo d’accepter de dialoguer avec l’opposition et de se résoudre à l’ouverture, André MBA OBAME n’a pas seulement œuvré à la restauration du multipartisme, il a aussi œuvré à sauver le régime d’Omar BONGO d’un naufrage qui apparaissait alors fortement probable.

L’on a beaucoup épilogué sur « l’entrisme » de MBA OBAME et sur la loyauté avec laquelle il a servi le régime d’Omar Bongo. D’aucuns y ont vu une trahison, pour le moins un renoncement, d’autant que l’expérience montre que lorsqu’on cherche à réformer un système politique ou une quelconque organisation de l’intérieur, on court le risque d’être submergé par le dit système. Le parcours politique d’André MBA OBAME contredit ce postulat, dans la mesure où c’est plutôt lui qui a fait évoluer le système et non l’inverse.

En esquissant de la sorte un premier bilan de l’action politique de MBA OBAME, force est de reconnaitre qu’il lui a manqué du temps pour poursuivre l’œuvre réformatrice entamée dans le milieu des années 1980. En effet, si, à en juger par le nombre pléthorique des partis politiques, le multipartisme est aujourd’hui une réalité dans notre pays, il n’en pas moins vrai que la démocratie et l’état de droit n’INNERVENT pas encore réellement le vécu quotidien au Gabon. Un gros travail reste encore à faire, auquel le destin ne lui permettra pas de prendre part.

v Le pragmatisme

Lorsque l’on examine rétrospectivement le parcours politique d’André MBA OBAME, on note aussi son pragmatisme. Une fois rentré au pays à la fin de ses études universitaires, il comprend très vite qu’il n’a pas d’autre choix, s’il veut voir ses aspirations prises en compte et ses idéaux de jeunesse concrétisés, que d’intégrer le temps. Si cette volte-face a surpris certains, il est clair aujourd’hui que ce ralliement et l’étroite collaboration avec le président Omar Bongo qui s’en est suivi ont été bénéfiques, et constituaient le passage obligé, la première phase d’une stratégie réfléchie, et dont la finalité restait la restauration de la démocratie et de l’Etat de droit au Gabon. C’est en travaillant aux côtés du président Omar Bongo, en bénéficiant de sa confiance, qu’André MBA OBAME a pu faire prévaloir ses idéaux politiques au cœur d’un système qui jusque-là ne se caractérisait pas par une grande diversité des opinions et des choix.

Les positionnements d’André MBA OBAME dans l’appareil politico-administratif sont connus.

Nommé Conseiller du Chef de l’Etat à son retour au pays, Sécretaire Général adjoint de la Présidence, il accède au Bureau Politique du PDG pour la province du Woleu-Ntem et y restera jusqu’en 2009. Après une première tentative infructueuse aux législatives d’Octobre 1990, qui, conforment aux textes de l’époque, le fera sortir du Gouvernement, il conquiert le 1er siège de député de Medouneu, auquel il sera plusieurs fois. Il a occupé aussi plusieurs postes ministériels. Il me plaît de rappeler ici que l’Assurance Maladie obligatoire a été officiellement instituée lorsqu’il était Ministre des Affaires Sociales il a enfin été Ministre de l’intérieur.

v Le charisme

Le mot est passablement galvaudé au Gabon, parce que trop utilisé.

Mais André MBA OBAME était en effet un homme politique charismatique.

Ce charisme ne lui venait pas seulement de ses capacités de TRIBUN et de dialecticien, ni de sa maitrise de la science du politique. Il était dépositaire d’une aura naturelle qui ne laissait personne indifférent, et d’un rayonnement qui en a fait depuis la dernière présidentielle une icône populaire. Après avoir évolué pendant près de trois décennies sous l’ombre tutélaire d’Omar Bongo dont il était entre-temps devenu le confident et l’homme des missions difficiles, c’est à l’occasion de l’élection présidentielle anticipée d’aout 2009 qu’André MBA OBAME a révélé son sens de la communication et son génie politique. La campagne électorale qu’il a menée à cette occasion a été très efficace, grâce à une savante utilisation de sa chaîne de télévision TV+. En quinze jours, alors que de nombreux gabonaise lui faisaient encore grief de son rôle au sein du Pouvoir, André MBA OBAME a réussi une extraordinaire transmutation. Celui qui était encore considéré quelques mois auparavant un peu comme « le père-fouettard » du Gabon a réussi le tour de force de passer de l’intransigeant ministre de l’intérieur, à l’incarnation de la « la nouvelle espérance » adoubée par les gabonais. Par son charisme et son habileté, il a réussi en quelques jours, à instaurer une véritable symbiose entre sa personne, son discours et les Gabonais.

La suite est connue de tous, au Gabon comme à l’étranger.

v La détermination.

BALZAC a dit « qu’il n’est pas de grand talent sans une grande volonté ».

Intelligent, pragmatique et charismatique, André MBA OBAME était aussi un homme déterminé. Quand il s’était fixé un objectif, dans la vie de tous les jours comme en politique, il se donnait les moyens de l’atteindre, quels que fussent les obstacles et les difficultés.

Aller au bout de ce que l’on avait commencé, tel était son leitmotiv.

Il a montré de la détermination dans sa volonté d’entreprendre des études de science politique au moment où cette discipline était considérée comme subversive par les autorités gabonaises.

Il a montré de la détermination dans son engagement politique, d’abord dans l’opposition, à Paris, ensuite dans son engagement auprès du président Omar Bongo, qu’il a servi loyalement.

Il a montré de la détermination dans sa volonté de faire reconnaitre sa victoire à l’élection présidentielle anticipée de 2009, attestée du reste par la diffusion d’un documentaire sur la chaine de télévision publique français France 2 sur la Françafrique, et par les révélations fracassantes contenues dans le dernier livre du journaliste français Pierre Péan « Nouvelles affaires africaines ».

L’indifférence et la duplicité de la France officielle et de la communauté internationale sur cette revendication légitime l’ont profondément blessé.

Il a montré de la détermination et du courage dans sa lutte contre la maladie qui le rongeait et qui l’a finalement emporté le 12 avril dernier.

***

André MBA OBAME a tiré sa révérence, fauché dans la fleur de l’âge.

Tel Moïse, il ne verra pas la terre promise. Il nous revient de continuer le combat pour lequel il a donné sa vie.

L’Union Nationale est l’arme dont nous disposons pour mener à bien ce combat.

Au terme d’une parfaite convergence d’analyses, nous avons décidé ensemble de créer ce parti, pour éviter le piège de l’éparpillement et le repli identitaire. C’est assurément la dernière œuvre de ta vie, André. Nous qui l’avons voulue avec toi prenons l’engagement solennel de continuer à construire l’Union Nationale. Par fidélité à ta mémoire, et pour que ton sacrifice ne soit pas vain, nous devons resserrer nos rangs, d’abord entre nous à l’intérieur de notre parti politique, mais aussi avec l’ensemble des force qui partagent notre idéal.

L’union Nationale est un cri d’espoir, une ambition est un pari, une profession de foi, qu’il nous revient aujourd’hui de fructifier, de faire grandir pour en faire une force politique incontournable dans la vie politique de notre pays. Nous devons l’utiliser pour libérer le Gabon et léguer aux futures générations un pays moralement propre, démocratique et respectueux de l’Etat de droit.

C’est vrai, comme tous ceux qui l’ont précédé, nous ne verrons plus de nos yeux André MBA OBAME. Mais, de par ses idéaux, de par son message de vie, il est toujours là.

BIRAGO DIOP disait :

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis ».

Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire et dans l’ombre qui s’épaissit.

Ils sont dans l’arbre qui frémit ; ils sont dans le bois qui gémit.

Ils sont dans l’eau qui coule ; ils sont dans l’eau qui dort.

Ils sont dans la case ; ils sont dans la foule des morts qui ne sont pas partis, des morts qui ne sont plus sous terre.

Les morts qui ne sont plus sous terre.

Les morts ne sont pas morts.

Adieu, notre cher Secrétaire Exécutif. Maintenant que nous devons poursuivre sans toi, tu nous manqueras cruellement.

Adieu AMO, adieu compagnon de lutte, adieu petit frère !

Que cette terre du Gabon qui t’a vu naitre te soit légère !

Je vous remercie.

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