QUAND IL Y AVAIT DES HOMMES AU GABON: PORTRAIT DE GERMAIN MBA




Germain Mba était un Gabonais, un vrai; nationaliste et intransigeant face à la dictature et l'imposture. Près à aller jusqu'au bout, pas seulement par le discours comme certains, mais aussi et surtout par les actes. Le genre de Gabonais que l'on rencontre trop rarement par ces temps "d'émergences". Il était originaire de l'Estuaire, né le 15 décembre 1932 à Libreville. Il fit de brillantes études; licencié en droit et diplômé de Sciences Politique, il obtenu des diplômes de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’École Nationale des Douanes et de Législation Financière de Neuilly. Germain M’Ba termine ses études à la fin des années 50, au moment où le Gabon obtient l’indépendance. Pendant ses études à paris, il crée avec d'autres Gabonais, dont Emile Kassa Mapsi, le Mouvement Gabonais d'Actions Populaires. Lors du référendum de 1958, ce mouvement publiera par la main de Germain Mba de nombreux billets dénonçant le rôle de la France au Gabon et demandera un retrait des Français à l'esprit colonial du territoire Gabonais. Il va sans dire que ces propos attirèrent le courroux des services Français qui décidèrent de suivre ce jeune récalcitrant à la loupe. Nationaliste, Germain Mba ne supporte pas l’idée que ce soient des "marionnettes" de la France qui dirigent le Gabon (cette caractérisation est de Germain Mba lui-même). Dès 1960, à l'age de 28 ans il entre dans la vie politique active en dénonçant le pouvoir de Léon Mba qu'il trouvait trop proche de la France. En conséquence, il devient aussitôt un "agitateur dangereux" pour les agents et policiers français qui assurent sur place au Gabon, l'encadrement des forces de sécurité, donc du régime. Indésirable au Gabon, qui manque pourtant cruellement de cadres de son niveau, il occupera le poste de Secrétaire Général Adjoint de l’Union Africaine et Malgache (UAM), ancêtre de l’Union africaine (UA), entre 1962 et 1964 à l'âge de 30 ans, où il travaillera avec un autre grand Africain, Diallo Telli. Quand j'entends les Gabonais ignorants dire que Jean Ping est le plus grand diplomate Gabonais, j'ai envie de les gifler, car ils ne connaissent visiblement pas l'histoire du Gabon. En 1964, âgé de 32 ans, Germain Mba démissionna avec fracas de son poste de Secrétaire Général Adjoint de l’Union Africaine et Malgache, pour protester contre la restauration au pouvoir de Léon Mba par les troupes françaises en février 1964. Quand on pense que Ping n'a pas dit un seul petit mot quand Ali Bongo tuait les gens à Port Gentil; oh pauvre Gabon. Ces événements firent suite au coup d'état qui porta temporairement au pouvoir Jean-Hilaire Aubame à la tête d'un gouvernement provisoire qui incluait Germain Mba comme Ministre de l'Intérieur. Recherché par les services Français, à la suite de sa démission de l'UAM, il prend le maquis et fonda à Alger en mai 1964 le Mouvement National de la Révolution Gabonaise (MNRG) avec d'autres anciens militants de l’Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG) de Jean-Hilaire Aubame. Après la restauration de Léon Mba, le 1er Mars 1964, des manifestants descendent dans les rue de Libreville pour décrier le retour au pouvoir de Léon Mba. Plus de 1000 manifestants d'après James F. Barnes dans "Beyond the Colonial Legacy", se massent face au palais présidentiel de Libreville. Ils sont attaqués par les forces pro-gouvernementales, et un des leaders de cette manifestation, une jeune dame répondant au nom de Martine Oyane, sera arrêtée, sauvagement battue par la police et promenée toute nue dans les rues de Libreville. Qui est cette Martine Oyane? C'est la femme de Germain Mba! Ah il y avait des Gabonais avec un rand "G".

Pour échapper à la traque des services Français, Germain Mba prit le pseudonyme d'Omar Ben Ali et se délocalisa un moment à Accra, puis à Brazzaville et à Kinshasa où il fut arrêté par les services Français. Entretemps, en 1965 il collabore au journal Jeune Afrique dont il devient le rédacteur-en-chef adjoint. Oui, un Gabonais a été rédacteur en chef adjoint de Jeune Afrique, quand ce journal valait quelque chose, il y a 45 ans. Il faut le dire aux "émergents" qui pensent que c'est Bongo qui a tout fait au Gabon. En 1966, il s'oppose vigoureusement à la modification de la constitution qui créée le poste de vice-président de la république dont Albert Bernard Bongo venu du Congo, dans les bagages des services Français, est le récipiendaire. Après la prise de pouvoir d'Albert Bernard Bongo en 1967, ses conseillers Français lui élabore un plan machiavélique pour se débarrasser des adversaires encombrants: l'amnistie. Albert Bongo met en place un programme d'amnistie qui ressemble comme 2 gouttes d'eau à ce qu'il fit pour André Mba Obame et Paul Mba Abessole dans les années 80. A la seule différence qu'en 1967, il demande aux dissidents de ne pas se mêler de politique. La plupart des dissidents pros Aubame-Eyeghe Jean Hilaire rentrent au Gabon et dans cette vague s'effectue le retour de Germain Mba. En septembre 1968, contre toute attente, il est nommé conseiller économique et commercial d'Albert-Bernard Bongo. Mais son mépris pour ce bonhomme presqu'illettré qu'il connait à peine est trop grand pour qu'il puisse accepter un tel poste et faire son travail avec dévotion. Les choses se passent donc très mal avec Albert Bernard Bongo envers qui Germain Mba n'a aucun égard ni considération. En plus, Germain Mba continue ses activités politiques en toute clandestinité. Sentant le danger, les conseillers Français de Bongo lui demande d'éloigner Germain Mba du Gabon pour de bon. En 1969, il est envoyé en diplomatie comme ambassadeur en Allemagne et au Japon. Deux ans plus tard, Le 17 septembre 1971 alors qu'il se trouve en visite à Libreville avec sa famille, il est abattu par deux mercenaires Français alors qu'il rentre chez lui en compagnie de sa famille. Son corps fut emporté par les deux mercenaires. Pierre Péan a écrit que ce crime avait été commandité à Bob Denard par Albert Bernard Bongo sur les conseils de Jacques Foccart. Le plus grave est que quelques minutes après avoir quitté le quartier London où ils venaient d'exécuter Germain M’Ba, en blessant par balles Martine Oyane, sa femme, et leur fillette, Bob Denard et son barbouze de compagnon à bord d'une Peugeot-404 blanche, seront stoppés par des policiers gabonais, effectuant un contrôle. Mais un véhicule de la présidence qui suivait la Peugeot 404 ordonna aux policiers de ne point faire du zèle et de laisser passer les deux Français. C'est ainsi que la dépouille de Germain Mba fut emmenée vers une destination inconnue.

D'après le témoignage de madame Martine Oyane, les derniers mots de son époux furent « Pourquoi me tuez-vous ? » qu'il adressa à ses agresseurs avant d’être abattu à bout portant. Son épouse eut le réflexe de se coucher à même le sol dès les premiers coups de feu et blessée, elle fit la morte. Martine Oyane avait décrit deux "blancs bronzés", dont un "très grand" qui a porté le cadavre vers la voiture. C'est maitre Agondjo-Okawe qui représenta madame Martine Oyane dans sa plainte contre le pouvoir Bongo. L'arrogance du tout puissant pouvoir Bongo face à cette pauvre dame fut révoltante. Alors qu'elle avait reçu une balle, sa fille trois balles. Quand sa plainte fut déposée devant le bureau du directeur général de la sureté nationale (police), celui-ci répondu à la pauvre dame: "rien ne prouve que Germain Mba soit mort, puisque son corps a disparu". Qui était ce directeur général de la sureté nationale? Un certain Jean Boniface Assélé.

Quand je pense que les Gabonais ont défilé devant le cercueil de Bongo! Que les Gabonais pensent que Bongo était un homme de paix! Qu'Assélé se ballade tranquillement à LBV sans être inquiété! Pauvre Gabon…Nos vrais hommes sont vraiment tous morts! Germain Mba est mort à 39 ans. Mais quelle vie riche en si peu de temps! Quelle CV fourni avant l'age de 40 ans! Le tout, sur la base du mérite, rien que le mérite, aucun passe-droit! Aucun piston! Germain Mba, c'était un HOMME!

Comments

  1. GERMAIN MBA n'a pas été 'abattu et tué' à Libreville en sept.1971 = anciens diplomates (non Gabonais) ayant servi dans les Ambassades du Gabon nous avons connu Mr Germain MBA, remarquable personnalité à l'intelligence et courage hors du commun. Celui-ci a pu quitter le Gabon s'engageant, à première vue, à "disparaître" de la scène politique...
    Où a-t-il refait sa vie ?

    François M. et confrères

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